Droits TV, la guerre des tranchées

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Les droits télévisés liés au cyclo-cross ont été redistribués cette saison, au détriment parfois du téléspectateur. Les opérateurs belges Proximus et Mobistar ont ainsi déposé plainte, contre Telenet et ses droits de diffusion exclusifs du Superprestige, auprès de l’Autorité belge de la concurrence. Une requête récemment acceptée par l’institution qui juge peu transparente l’appel d’offres précédemment proposée. Photo : Yefrifotos.

 

Quand Telenet rafle la mise

L’opérateur flamand Telenet, par ailleurs sponsor principal de la formation Telenet-Fidea, a ainsi capté l’essentiel des droits télévisés liés au cyclo-cross cet été ; un média auparavant absent du champ audiovisuel dans les labourés. L’émergence d’une nouvelle plateforme « Telenet Play Sports » et divers canaux télévisés ont alors permis à l’opérateur d’envisager des diffusions inédites. L’Union Cycliste Internationale annonçait ainsi le 17 juillet une « Avancée décisive pour le cyclo-cross avec la signature d’un partenariat entre l’UCI et Telenet ». Une déclaration d’abord surprenante dans la mesure où Telenet – opérateur téléphonique et internet – n’est fournisseur de service qu’en région flamande et à Bruxelles : un challenge de plus rebaptisé « Coupe du monde Cyclo-cross UCI Telenet » dès l’an prochain. L’accord est alors établi jusqu’en 2020, cinq saisons durant lesquelles Telenet produira et diffusera l’intégralité de la Coupe du monde, la chaîne de télévision publique Sporza proposant toujours les deux manches flamandes de la série. Mais l’Union Cycliste Internationale offrant également les multiples rendez-vous sur YouTube (sauf en France), les conséquences immédiates pour le téléspectateur ne sont que peu visibles en dehors du territoire belge ; au-delà d’une production bien sûr élargie. La problématique est principalement liée aux autres compétitions majeures. Si la VRT (via Sporza) conserve la production et la diffusion des huit manches du Bpost Bank Trofee, Telenet a pour sa part raflé le Superprestige, de multiples cyclo-cross annexes : en exclusivité.

 

Une attribution remise en cause

Telenet a en effet proposé le Soudal GP Neerpelt et le Steenbergcross d’Erpe-Mere dès la fin du mois de septembre, deux premières diffusions contestées sur la toile. Car sans box Telenet et l’abonnement au service complémentaire (16,45€ par mois), les passionnés de la discipline hivernale n’ont pu constater les deux dominations de Wout van Aert. Divers cyclo-cross ont été concernés par une telle politique (Kruibeke, Boom), d’autres le seront prochainement. Mais au-delà de ces épreuves disputées en Belgique, Telenet a bel et bien obtenu l’exclusivité des droits de diffusion du Superprestige, pour cinq saisons complètes : c’est-à-dire jusqu’en février 2020. Un choix là-aussi surprenant voire hasardeux. La chaîne de télévision Vier – partenaire historique du challenge – a cédé ses droits pourtant acquis pour la saison 2015-2016. De plus, l’association organisatrice du Superprestige (Verenigde Veldritorganisatoren) renonce alors aux audiences majeures établies au fil des saisons par Vier : une production régulièrement saluée, des records à répétitions. Les huit manches sont donc proposées en exclusivité par Telenet, gratuitement, à condition bien évidemment de disposer d’une box… Telenet. Un résumé de 25′ est et sera diffusé par Sporza au soir des manches. Des meilleurs moments et des directs toutefois inaccessibles en dehors du territoire belge : le public international se retrouve privé du Superprestige… Mais l’opérateur Proximus, immédiatement soutenu par Mobistar, a récemment obtenu gain de cause auprès de l’Autorité belge de la concurrence.

 

Peu de transparence… pour le téléspectateur

Les enjeux autour des droits télévisés sont nombreux, le cyclo-cross étant un pan majeur et rentable en région flamande. Proximus, par ailleurs l’un des principaux sponsors du Bpost Bank Trofee, pourrait alors récupérer les droits de diffusion du Superprestige. Bref, le cyclo-cross devient l’élément déclencheur d’une nouvelle guerre entre les différents opérateurs belges. Car les audiences rencontrées par la VRT ou Vier ces dernières saisons sont remarquables, à l’image du million de téléspectateur lors de la dernière manche de la Coupe du monde disputée à Hoogerheide (60% de part d’audience). Des cyclo-cross figurent ainsi aux premières places des meilleures audiences rencontrées par la télévision publique flamande ces dernières années, un groupe qui renonce alors à de tels chiffres réguliers : les résumés ne réunissent que 50 à 60% des téléspectateurs habituels. Telenet Play Sports n’a au contraire réuni que 20 000 téléspectateurs à l’occasion du Steenbergcross d’Erpe-Mere : un échec. Vier s’est pour sa part délestée de son principal programme ; au détriment d’une transparence pour le téléspectateur. Telenet et la VRT ont dû dernièrement communiquer à nouveau sur les programmations, une diffusion peu claire. Des choix délicats et variables : originellement annoncés par la VRT (Sporza), les Championnats d’Europe ont finalement été produits par Telenet. Les informations restent aléatoires, peu disponibles, la promesse d’une diffusion élargie n’étant pas tenue : Superprestige et cyclo-cross annexes ne sont pas visibles en dehors du territoire flamand.

 

Et en France ?

Seule une nouvelle distribution des droits télévisés liés au Superprestige pourrait en définitive permettre aux fans internationaux et français de disposer d’un accès à ces cyclo-cross, quand la chaîne de télévision Vier proposait une diffusion en streaming. Le canal du groupe SBS Belgium ne relaiera qu’une seule course cette saison, le Zilvermeercross de Mol mi-décembre. Le public français ne pourra donc librement voir que quelques épreuves proposées en direct par Sporza sur son site internet : les huit manches du Bpost Bank Trofee (hommes et dames), le Soudal Jaarmarktcross de Niel, le GP Hasselt, le Druivencross d’Overijse, le Soudal GP Leuven et éventuellement les Championnats de Belgique. L’arrêt de Sport+ a permis à BeIn Sports (13€ par mois) une récupération de droits sur le sol francophone. Mais une bonne nouvelle accompagnée d’une probable déception : la chaîne Youtube UCI où sont diffusées les manches de Coupe du monde est par conséquent géobloquée ; seule exception internationale quand Sport+ tolérait cette concurrence. Les Championnats de France seront produits par France 3, les Championnats d’Europe ont été diffusés en direct par Eurosport 2 le week-end dernier. Un dernier point d’interrogation persiste côté français : la programmation des Championnats du monde auparavant assurée par Sport+, des droits non détenus à ce jour. Diffuseurs français, à vos portefeuilles !

Sébastien De Cock