Mani : « Récupérer le maillot bleu-blanc-rouge »

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Caroline Mani évolue aux États-Unis depuis quatre saisons désormais, sous les couleurs de la formation américaine Raleigh-Clement. Les déplacements de l’ancienne double championne de France en Europe sont chaque saison rares, précieux : à l’image d’une deuxième place acquise à Namur ce dimanche, son premier podium en Coupe du monde. Entretien avec la crosswoman numéro un du circuit américain. Propos recueillis à Namur.

 

Vous attendiez-vous à prendre la deuxième place d’une manche de Coupe du monde pour votre retour en Europe ?

Oui et non. Je sais que j’ai déjà réalisé une très belle saison aux États-Unis. J’ai notamment battu là-bas Katerina Nash et Katie Compton, deux crosswomen qui sont souvent présentes au plus haut niveau et qui réalisent de belles performances en Coupe du monde. Donc rivaliser avec ces filles-là sur le sol américain ces dernières semaines était forcément un bon premier signe. Mais je n’avais jamais fait d’énormes performances en Coupe du monde ou sur le circuit européen. Je savais que j’étais bien mais une certaine incertitude se maintenait. Cette année, je suis incontestablement un cran au-dessus vis-à-vis des précédentes saisons. Et j’ai pourtant connu un départ difficile à Namur, on m’a coincé au sommet de la première bosse. Je devais être en 21e position après un tour il me semble Mais j’ai bien progressé tout au long de la course. J’ai effectué mon petit bout de chemin jusqu’au podium et cette deuxième place.

 

Le circuit était d’ailleurs très usant aujourd’hui.

En effet, il faut oublier les portions de récupération. C’est bien différent de ce que l’on peut rencontrer aux États-Unis. Le tracé est de plus très technique. Donc à la moindre seconde de relâchement nous pouvons connaître la crevaison, la chute ou d’autres incidents qui coûtent un podium. Il fallait toujours faire attention et conserver une dose de confiance pour la fin de course. J’avais une belle avance sur Eva Lechner qui était troisième à la cloche, mais le dernier tour fut tout de même stressant. Tout peut arriver en cyclo-cross, rien n’est jamais joué avant le franchissement de la ligne d’arrivée, on le sait bien.

 

« Je pouvais me baser sur de solides repères. Le cyclo-cross féminin aujourd’hui aux États-Unis n’a plus grand chose à envier au niveau européen »

 

On sent que vous montez en puissance au fur et à mesure que la saison avance…

J’ai progressé tout au long de l’automne pour arriver au niveau proposé à Namur. Mon début de saison n’a pas été extraordinaire car il me faut toujours un peu de temps pour revenir à mon meilleur niveau en cyclo-cross après plusieurs mois sans courir. La Coupe du monde a enfin fait étape aux États-Unis en début de saison, mais je n’ai pas produit une très bonne performance au CrossVegas. Il fallait décoincer la machine pour d’abord lever les bras, maintenir mon niveau et enfin rivaliser avec les meilleures en Europe. Tout cela reste tout de même stressant et je ne pouvais pas vraiment savoir comment j’allais réagir. Car je rentre des États-Unis après trois mois là-bas sans avoir affronté les crosswomen européennes. Mais encore une fois, je pouvais me baser sur de solides repères. Le cyclo-cross féminin aujourd’hui aux États-Unis n’a plus grand chose à envier au niveau européen. Kaitlin Antonneau a pris la deuxième place à Valkenburg par exemple.

 

N’aviez-vous pas une certaine appréhension en basculant du circuit américain aux labourés européens ?

Je vis aux États-Unis donc forcément on me voit rarement en Europe. Je n’ai pas pu faire le déplacement pour les deux dernières manches de Coupe du monde disputées à Valkenburg et Koksijde car elles ne font pas parties de mon contrat. Et je ne peux pas me permettre une multiplication de longs déplacements. J’ai aussi de gros objectifs aux États-Unis et les sponsors privilégient forcément les compétitions parcourues sur le sol américain. Les sacrifices faits, je suis maintenant de retour pour la fin de saison dans la mesure où le calendrier américain est légèrement décalé, il n’y a maintenant presque plus d’épreuves UCI aux États-Unis cette saison. Je vais donc rester en Europe jusqu’à la fin du mois de janvier et les Championnats du monde avant de rentrer chez moi aux États-Unis. On verra comment je procéderai la saison prochaine mais les déplacements seront avant tout liés au calendrier américain et aux courses proposées chez moi.

 
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Les sponsors sont forcément satisfaits de vos performances. Ici en Coupe du monde mais aussi et surtout aux États-Unis puisque vous êtes en tête du Pro CX Ranking établi par UsaCycling.

Oui et j’ai même je pense remporté le classement. Il ne reste plus que quelques courses là-bas et mon avance au classement semble conséquente. On a tout calculé, mon retour en Europe ne va pas condamner le classement qui compte vraiment pour mes sponsors. C’est une nouvelle fois dans la poche ! J’ai gagné l’an dernier, je vais récidiver cette saison. Tout le monde est content, je peux maintenant me concentrer sur la fin de saison et les objectifs divers, logiques : les dernières manches de Coupe du monde, les Championnats de France et bien évidemment les Championnats du monde.

 

L’absence de Pauline Ferrand-Prevot cette saison devrait vous positionner en favorite numéro un pour les Championnats de France, après une telle performance à Namur ?

Probablement mais c’est un championnat et bien sûr tout peut arriver sur une course d’un jour. Je fais tout ce que je peux pour conserver mon niveau et maintenir cette marge sur les autres françaises. Après, je ne sais pas trop où en est Lucie Chainel, on ne la voit pas vraiment en ce moment et elle n’a finalement pas pris le départ aujourd’hui. Je sais qu’elle peut être très forte aussi et me battre. Ce n’est jamais gagné, il peut y avoir des retournements de situation même si forcément un podium en Coupe du monde va me booster pour la suite. Je vais poursuivre l’entraînement, faire mon maximum pour arriver sereine afin de ne pas avoir de regrets après la course. J’ai déjà gagné ce titre par le passé donc je sais comment faire pour lever les bras à nouveau. Je ne l’ai jamais caché, récupérer le maillot bleu-blanc-rouge est l’objectif majeur de la saison.

 

« Je pense que les Championnats du monde seront assez ouverts en l’absence de Pauline Ferrand-Prevot et de Marianne Vos. On voit aussi que Sanne Cant est souvent contestée »

 

Un podium en Coupe du monde, alors pourquoi pas une performance identique aux Mondiaux ?

Je n’étais jamais montée sur le podium d’une manche de Coupe du monde, c’est la première fois. J’avais échoué à la quatrième place il y a trois ans, j’ai multiplié les places de cinq et six ces dernières saisons. Cela fait plaisir de se battre avec les meilleures du monde sur un tel circuit. Je pense que les Championnats du monde seront assez ouverts en l’absence de Pauline Ferrand-Prevot et de Marianne Vos. On voit aussi que Sanne Cant est souvent contestée, chaque week-end. Il y a pas mal de concurrentes qui peuvent monter sur le podium en définitive, alors pourquoi pas ! Pour l’instant je vais me contenter de prendre les courses une par une et nous verrons ce que cela donne plus tard.

 

On a l’impression de retrouver Caroline Mani à son plus haut niveau, l’ancienne championne de France enfin de retour. Les États-Unis, le secret de la réussite ?

Oui, j’en ai eu simplement marre il y a quelques années. À la base je suis partie pour poursuivre mes études, la culture américaine me plaît bien. Ma vie est faite là-bas, je ne vois pas du tout revenir en France à court terme, on verra à long terme. C’est aussi sympathique de rentrer de temps en temps, j’ai l’impression d’avoir deux familles et les supporters ne m’ont pas oublié : je l’ai vu aujourd’hui ! Mais je m’éclate davantage là-bas, c’est évident. Je peux y vivre de ma passion, j’ai une équipe géniale. Le Team Raleigh-Clement me permet d’évoluer et d’appréhender les différents objectifs dans les meilleures conditions possibles. Mon mécano me connaît par cœur, il me suit toute l’année et vient même m’assister ici sur les courses européennes. Je suis sereine, la tête et les jambes sont là, tout va bien maintenant !

Sébastien De Cock