Miguel Martinez : « J’ai 40 ans, et alors ? »

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Lignières, La Bresse. Deux manches de Coupe du monde françaises en 2016, deux disciplines et un athlète particulièrement sensible à ces deux événements. À Lignières, nous avons découvert un personnage attachant, bien loin de l’image souvent véhiculée. Un coureur qui commence à sereinement penser à son avenir, sa reconversion : en VTT – sa discipline de prédilection – comme à La Bresse ce 29 mai ou même en cyclo-cross où il a excellé par le passé. Nous avons alors une première fois rencontré Miguel Martinez mi-janvier, au départ de cette manche de Coupe du monde française pour ses 40 ans, dans les labourés : là où tout a commencé, champion du monde U23 à Montreuil en 1996, quatre ans avant ce titre olympique décroché en VTT à Sydney. Photos : © Labourés Magazine.


 

« Mon père a fait le forcing en me voyant trop maigre et il m’a tenu enfermé trois jours dans la maison à manger des baguettes de pain avec du beurre et du miel ! Il m’a dit que je ne repartirais pas d’ici tant que je n’avais pas mangé pendant trois jours, gavé… »

 

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Miguel, quelle est votre situation à ce jour, physique, professionnelle ou simplement sportive ?

La condition physique a été très bonne cet hiver, par rapport à l’an passé. La raison est simple : j’ai fait beaucoup plus de cyclo-cross, quatorze exactement alors que la saison dernière j’en étais à pas plus de deux ! La situation n’est donc à vrai dire pas comparable. Je suis coureur au club de Montrichard Cyclisme dans le Loir-et-Cher mais à vrai dire je suis également et surtout entraîneur du Team Tropix en Chine. Je suis par ailleurs athlète au sein de cette structure, en VTT mais aussi en cyclo-cross. À Lignières, j’ai donc couru avec le maillot de cette équipe asiatique car j’ai un contrat d’image en Chine qui m’oblige à porter ce maillot sur toutes les courses où je prends le départ, même en cyclo-cross. J’ai aussi des sponsors à titre privé qui ne me rémunèrent pas forcément comme Ray-Ban notamment. Mais c’est une marque de prestige. Cela me permet d’entretenir mon style, celui que j’aime bien, et j’y tiens ! J’ai une dotation au niveau matériel en VTT de la part de la marque chinoise qui utilise mon image. J’ai aussi mon mot à donner quant à l’élaboration du design chez eux. Concernant le cyclo-cross, comme ils n’ont pas de vélo pour le moment, j’ai fait appel à un bon ami de mon père et un grand champion : Eddy Merckx. Il me prête alors deux vélos de sa marque que j’ai utilisé tout l’hiver pour la première fois. L’an prochain je roulerai avec du matériel labélisé Tropix car ils développent actuellement des vélos pour cette discipline.

 

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre cette équipe chinoise ?

Ce sont eux qui sont venus me voir directement. Et de toute façon la raison est simple, il ne faut pas cacher la vérité. On va dire qu’en Europe Julien Absalon et deux-trois autres prennent une belle part du gâteau. Il est donc difficile d’exister à côté. Mais en terme d’image, une marque mondiale va aussi vouloir privilégier un partenariat avec un champion olympique pour avoir une portée internationale. Et ce type de personnes ne court pas les rues ! L’Asie a très peu de coureurs de ce calibre. C’est pourquoi ils me sollicitent énormément depuis quelques temps, de part mon expérience. Je reçois des objectifs sur le plan sportif et je vais aussi sur place en tant qu’entraîneur car j’encadre la sélection chinoise. Le meilleur chinois actuel est dans le Team Tropix et je suis son entraîneur. Cette saison, je suis donc coureur mais surtout coach !

 

Quel est le niveau réel de ce coureur ou encore celui qu’il peut atteindre ?

Il s’agit de Sun Xianlong. Il est encore assez loin et navigue vers la 100e place parce qu’il n’est qu’espoir. Mais il reste en revanche le meilleur de son pays en VTT tout en ayant 21 ans seulement. Il y a beaucoup d’espoirs quant à sa progression et j’en ai aussi. Je m’occupe aussi d’un autre coureur qui est également membre de notre Team Tropix et qui évolue à un meilleur niveau : le champion du Portugal David Rosa qui multiplie les très bons résultats internationaux et en Coupe du monde à presque 30 ans. Je suis ainsi leur manager lors des épreuves de Coupe du monde, je m’occupe de réceptionner les dossards, j’assiste aux réunions des DS, etc. Le projet est passionnant. Deux coureurs qui n’ont pas le même passé et qui arrivent à deux moments différents dans leurs carrières respectives. C’est aussi intéressant pour moi car je dois permettre à un jeune talent de se révéler et à un coureur plus mature de continuer à s’affirmer alors que la retraite, forcément, approche.

 
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Quelle est votre approche comme coach ? Apportez-vous une analyse chiffrée ou accompagnée d’un capteur de puissance ou privilégiez-vous plutôt le côté humain ?

Ah ! Je suis de l’ancienne école. Je n’utilise pas de cardio-fréquence-mètre, de SRM. Je suis plus sur un entraînement qui rassemble les notions suivantes : durée, forme et récupération tout en roulant à une certaine vitesse. Par chance, j’ai encore le niveau pour rouler avec Sun lors des entrainements, je reste donc avec lui et je lui montre les trajectoires, les tactiques de courses, la gestion des épreuves, l’alimentation, etc… Après je ne m’occupe jamais des watts mais il y a quelqu’un d’autre par exemple qui s’en occupe pour lui. Je suis plus sur le terrain, j’essaye d’être en Chine très régulièrement pour l’accompagner comme en décembre. Il y a eu un week-end où je n’ai pas fait de cyclo-cross car j’y étais pendant quinze jours. J’y étais en février et en mars car il y a un critère de sélection pour les Jeux Olympiques de Rio qui l’oblige à gagner trois manches de Coupe de Chine sur cinq pour s’aligner. Je dois l’accompagner dès le début de saison.

 

Être entraîneur national correspond à un nouveau virage pris dans votre carrière professionnelle. Est-ce une situation attendue et souhaitée pour l’avenir ?

Oui tout à fait ! C’est même la reconversion idéale pour moi. Je préfère même devenir entraîneur à part entière plutôt que manager ou directeur sportif même si toutes les positions me plaisent visiblement. L’idéal pour moi serait donc d’être coach, entraîner des athlètes et m’occuper d’une structure. Les moyens sont conséquents en Chine et j’aimerais beaucoup qu’ils investissent dans un Team de référence où je serais manager. Je suis prêt à m’engager et à prendre des responsabilités pour promouvoir le VTT ou encore d’autres disciplines cyclistes qui me tiennent à cœur comme le cyclo-cross.

 

Justement. Vous avez fait le choix de vous aligner à Lignières, à l’occasion de la manche française de la Coupe du monde.

Oui, j’ai souhaité prendre le départ. Il y a en fait deux raisons. Premièrement, j’habite tout près de Lignières, à Nevers, à peine une heure de route. Deuxièmement, la date de l’épreuve coïncide avec celle de mon anniversaire. Je trouve que c’est finalement une belle chose de participer à une manche de Coupe du monde à domicile pour mes 40 ans. C’était clairement le but de ma fin de saison de cyclo-cross, arriver en bonne forme ici tout en faisant des tops 10, tops 15 en Coupe de France afin d’être sélectionné dans les critères de la FFC sur cette épreuve. Être parvenu à venir à Lignières est pour moi un véritable cadeau d’anniversaire. C’est de plus beau à mon âge de pouvoir encore participer à de telles épreuves. J’étais aussi bien accompagné dans cette entreprise. Entre le staff de l’Équipe de France et le mécanicien du club de Montrichard Cyclisme, je ne peux pas me plaindre.

 

« On ne pouvait pas espérer mieux pour une journée d’anniversaire. Finir à proximité de la trentième place, c’est génial ! »

 

Quel était l’objectif, la performance espérée ?

Remonter, simplement. Partir dernier, enfin de la dernière ligne ne permet qu’un tel objectif. Le niveau est sacrément élevé donc il fut difficile d’estimer une performance atteignable en amont de la course. Malgré tout, le circuit me plait beaucoup. J’ai testé le circuit pendant une bonne heure le samedi après-midi à l’occasion de la reconnaissance officielle. Un tracé glissant, technique, j’aime vraiment ! Ce genre de circuit peut toutefois clairement poser un problème – comme il y a deux ans aux Championnats de France. Les coureurs présents derrière prennent un tir en raison des sections étroites. Les écarts se creusent et la règle des délais de 80% peut vous condamner. L’objectif était donc de pouvoir finir l’épreuve et d’ainsi faire des efforts violents pour l’éviter.

 

La mission est donc remplie ?

C’est super bien, oui ! Je prends la 32e place et en franchissant la ligne j’ai été particulièrement surpris en voyant le chrono. Car je ne suis arrivé que quatre minutes derrière le vainqueur Mathieu van der Poel. C’est très peu étant donné que je pointais déjà à une minute et vingt secondes après un tour et un départ très rapide. Je n’ai donc perdu du temps ensuite qu’en fin de course car je n’étais qu’à deux minutes des premiers après trois quarts de la course. Le public m’a énormément encouragé pendant toute la course, c’est une super journée. On ne pouvait pas espérer mieux pour une journée d’anniversaire. Finir à proximité de la trentième place, c’était vraiment génial ! Je n’en reviens toujours pas.

 

Quel bilan tirez-vous de cette saison ?

Concernant le VTT, je pensais mieux faire sincèrement en 2015… j’ai fait des tops 50 en Coupe du Monde alors que je pensais pouvoir me battre mieux et entrer dans le top 20. Paradoxalement, j’ai tenu à faire toutes les manches du circuit mondial. Je ne sais pas si c’est mon âge qui m’a amené à ce type de résultats mais dans les tous les cas, l’objectif est de mieux faire en 2016 qu’en 2015. Je ne sais pas encore trop quand je vais reprendre le VTT ni où mais aussi quel va être le programme de ma saison car le Team Tropix me donne régulièrement de nouvelles responsabilités. Je serai accrédité pour les Jeux Olympiques à Rio en tant qu’entraîneur officiel si le jeune chinois marche bien. Ce qui peut être pour moi aussi un tournant pour la suite.

 
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Votre objectif personnel en 2016 est également d’aller à Rio en tant qu’athlète ou avez-vous fait une croix sur cette option ?

J’y crois toujours. Et tant que la sélection n’est pas dévoilée, on se doit d’y croire mais par contre je n’estime pas mes chances au-delà de 5 voire 10%. La jeune génération française est tellement forte. De plus, les critères sont vraiment précis et nous obligent à être dans les meilleurs mondiaux. Même si je suis en grande forme, ce n’est pas gagné. Comme il y a deux saisons, je n’étais parvenu à me hisser qu’à une 8e ou 9e place en Coupe du monde. Il y a du travail… Et même si je suis numéro trois français, je suis certain que le quatrième aura ma place, surtout s’il est plus jeune. Mais aussi, en qualité d’entraîneur de l’équipe chinoise, je vais passer beaucoup plus de temps à coacher mes athlètes et donc je ferai moi-même moins de course. Je vais essayer de faire au moins toutes les manches de Coupe du Monde mais je ne pourrai pas m’aligner en Coupe de France par exemple. De ce fait, je ne vais pas marquer de points UCI et je vais me retrouver en dernière ligne, ce qui n’est pas l’idéal pour performer. C’est sincèrement une galère de démarrer en dernière position, comme en cyclo-cross !

 

Un carrière en cyclo-cross essentiellement marquée par ce titre de champion du monde U23 acquis en 1996 à Montreuil…

Exactement, déjà vingt ans… C’était une émotion grandiose ! C’est drôle car la semaine en amont je ne me sentais pas du tout capable de jouer la gagne. Bien au contraire ! Je pensais même déclarer forfait. Effectivement, j’étais en anémie, ce que montraient les analyses sanguines faites par l’Équipe de France à ce moment là. J’avais 37,3 d’hématocrite et je n’étais pas bien du tout. La raison est simple : je m’entraînais trop, vraiment trop et je ne mangeais pas assez. Résultat, mon père a fait le forcing en me voyant trop maigre et il m’a tenu enfermé trois jours dans la maison à manger des baguettes de pain avec du beurre et du miel ! Il m’a dit que je ne repartirais pas d’ici tant que je n’avais pas mangé pendant trois jours, gavé… Vu que c’était lui qui m’entraînait, je l’ai écouté forcément car je faisais une phobie sur mon poids, quasiment anorexique. Je voulais être vraiment affuté et le cyclo-cross mange beaucoup de calories donc je n’avais plus de forces parfois. Une vraie erreur de jeunesse… Toute la semaine j’ai donc écouté mon père à la lettre afin de performer le jour de l’épreuve. Et ça a marché.

 

Comment s’est finalement déroulée la course ?

J’ai pris un très mauvais départ, tétanisé par l’enjeu. Je pointais à la 35e place. Je me suis repris au fur et à mesure des tours, je revenais vers l’avant puis j’ai aussi utilisé une belle tactique victorieuse. En effet, j’avais décidé de prendre un cintre plat de VTT adapté sur un vélo de cyclo-cross car j’ai beaucoup de mal à courir à pied. J’avais dit au staff que je pouvais rivaliser avec les meilleurs espoirs le jour J si j’arrivais à passer les planches en restant sur le vélo. Nous avons donc mis en oeuvre cette tactique. Mais aussi une deuxième… qui en cas d’arrivée au sprint pouvait être très préciseuse. J’ai utilisé des boyaux de route lors du dernier tour, un vrai pari ! Il ne fallait donc pas crever dans les derniers mètres, la dernière descente où il y avait des graviers. Un risque mais le jeu en valait la chandelle. J’ai pu sprinter très rapidement sur la partie asphaltée de l’arrivée et m’imposer.

 

« Le cyclo-cross est une discpline qui mérite d’être reconnue à sa juste valeur, d’accéder aux Jeux Olympiques »

 

Un joli coup de poker en définitive ?

Tout cela a bien marché. Je contrôlais dans le dernier tour. Puis j’ai laissé le coureur qui me précédait avec dix mètres d’avance. Il pensait clairement que j’étais lâché. À chaque fois qu’il se retournait je faisais de même. Mais je suis revenu dans sa roue alors qu’il pensait que j’étais à fond. Il a coincé à vingt mètres de la ligne. C’est d’autant magnifique que j’ai gagné en France à domicile les premiers Championnats du monde Espoirs de l’Histoire. Et aussi une belle chose pour Bic et le CSM Persan, une équipe dévouée au cyclo-cross. Aujourd’hui le cintre plat est interdit, j’ai marqué la discipline.

Vous n’avez pourtant pas poursuivi en cyclo-cross ensuite ?

Pour moi, le seul regret a en effet été de ne pas avoir fait du cyclo-cross une spécialité. Aller courir en Belgique m’aurait beaucoup plu : les vacances au mois d’août puis la préparation en septembre et arriver d’entrée sur les manches de Coupe du monde pour pourquoi pas faire un gros truc. Tout cela m’aurait plus ! C’est un petit peu comme ne pas avoir eu le temps de faire une grosse carrière sur route, le temps est passé tellement vite. Vous savez, moi je suis un peu un touche à tout, j’avais de belles capacités partout. La vie d’un athlète est courte même si je suis encore là aujourd’hui à 40 ans…

 
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Il a donc manqué une liaison entre ce titre mondial U23 et la catégorie Élite, afin de vraiment persévérer en cyclo-cross ?

Je suis surtout passé au VTT. J’étais très fort chez les espoirs et comme beaucoup de coureurs à l’heure actuelle, je suis parti vers une autre discipline pour aussi des raisons financières. Les gars changent de rythme et on leur dit de se reposer l’hiver. Il est difficile d’enchaîner deux disciplines à haut niveau sur une saison, c’était impossible en tout cas à l’époque même si je l’ai fait jusqu’en 2000 où je termine 3ème des Championnats de France de cyclo-cross avant d’être Champion Olympique de VTT. J’ai sérieusement réduit le cyclo-cross ensuite car le VTT est devenu l’énorme priorité. J’ai eu envie d’aller sur les cyclo-cross, mais le soucis est que la discipline est très violente, demande beaucoup de rigueur et une assistance complète. Tout allait très bien avec le CSM Persan mais quand l’équipe s’est arrêtée j’ai moi-aussi arrêté les frais. Pour moi, les meilleurs coureurs sont à ce niveau car ils ont aussi un vrai staff derrière eux. Nous avons souvent fonctionné comme cela chez les Martinez. Nous nous sommes souvent retrouvés avec mon frère – Yannick – au cul de la voiture à avoir froid sur des cyclo-cross un peu partout, notre père nous a motivé dans ce sens. C’est comme cet hiver, je n’avais pas prévu cela mais c’est lui qui m’a conseillé ces épreuves régionales ici ou là puis les victoires sont arrivées. Et il m’a poussé jusqu’à cette manche de Coupe du monde à Lignières que moi-même je n’avais donc pas prévu.

 

« Quand j’étais Junior, tous regardaient l’équipe de Persan comme le Graal, avec des yeux d’anges, l’aboutissement »

 

Comment jugez-vous l’évolution du cyclo-cross français en vingt ans, de Montreuil à Lignières ?

À l’époque, le CSM Persan était une équipe importante en terme d’effectif mais aussi de part ses résultats. Le niveau était très élevé car il y avait aussi un gros staff, il y avait tout. Ce que je vois, c’est que maintenant on a un peu perdu tout cela dans le cyclo-cross, les équipes d’un tel calibre. Même si des gars comme Chainel font des efforts, créent de belles structures pour revenir à ce genre de choses. Le travail que fait Steve est excellent mais pour le moment ils ne sont que trois dans son équipe avec sa femme Lucie et John Gadret. On ne peut pas encore comparer avec l’époque Bic-Persan. Nous étions comme une équipe professionnelle avec vingt coureurs, quarante vélos, cinq mécanos et tout un bénévolat qui était mis en place et qui soutenait tout le monde, par les clubs de supporters. C’était vraiment un gros trucs pour nous Français, on avait un peu ce que l’on voit de nos jours dans les équipes belges. Quand j’étais junior par exemple, tous regardaient l’équipe de Persan comme le Graal, avec des yeux d’anges car courir pour cette équipe était un aboutissement. La plus grosse équipe en France avec des pointures mondiales dans ses rangs.

 

Comment alors expliquer le retrait progressif du cyclo-cross et au contraire l’évolution du VTT constatée en France ?

Quand on se met à regarder les courses cadets et juniors, on constate que les effectifs au départ sont énormes. Il y a parfois 150, 180 coureurs. C’est un avantage certain par rapport à ce qu’on a vu précédemment à mon avis. Donc il y a clairement une demande, un beau réservoir de jeunes en France. Mais ce qu’il faut c’est suivre ces jeunes et proposer quelque chose derrière, un vrai accompagnement au sein des catégories supérieures, dès les rangs espoirs avant les professionnels. Il ne faut pas laisser ces jeunes seuls dans la nature, ils vont sinon se tourner fort logiquement vers la route comme beaucoup… Le problème est que cela coûte cher au niveau du matériel, plus cher qu’à mon époque je pense, notamment à cause des trois vélos qui sont quasiment obligatoires. Les circuits font que les changements sont nécessaires, parfois à plusieurs reprises durant un même tour, donc il faut trois vélos. Nous étions aussi probablement un peu plus impliqués dans les entraînements. Maintenant la jeunesse a une autre mentalité malgré la grosse envie qu’ils ont globalement tous. Il faut clairement les assister, les accompagner et leur donner l’envie de continuer.

 

Comptez-vous personnellement participer au développement du cyclo-cross en France ou ailleurs ?

Oui tout à fait. De mon côté, j’ai fait une demande à Tropix et ses partenaires pour l’an prochain, afin de créer un Team complémentaire avec plusieurs jeunes et aussi une féminine ou deux. L’objectif serait d’avoir des coureurs de nationalité française uniquement avec à la rigueur un coureur chinois qui serait motivé pour venir et apporter une touche internationale. L’idée est de demander à ce sponsor d’investir dans le VTT mais aussi dans le cyclo-cross ici, dans mon pays et de pouvoir m’épauler dans mes projets français. Ils m’ont d’ailleurs bien suivi cet hiver pour la première saison. Ils ont très bien compris que cette discipline était très vendeuse, attrayante. Certes, ils ne s’y connaissent pas trop en cyclo-cross pour l’instant. Je ne pense à aucun jeune en particulier mais je vais me focaliser sur un réservoir de coureurs U23. Cela viendra au jour le jour. Le manager idéal serait Dominique Pézard, un pilier du CSM Persan et dirigeant du club de Montrichard, club qui est un bon vivier actuellement. C’est pourquoi je reste toujours avec lui. C’est un mentor pour moi depuis cette époque là. Il n’y a aujourd’hui que les sponsors qui lui manquent mais je pense pouvoir les lui apporter justement.

 

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Vous avez été champion olympique de VTT. Voyez-vous le cyclo-cross un jour accéder à ce statut, devenir une discipline olympique comme l’est à ce jour le VTT ?

Effectivement, ce serait une excellente chose et c’est un vrai sujet d’actualité et souvent évoqué. Ce serait également super pour le cyclisme en général, une confirmation complémentaire pour notre sport. Le cyclo-cross est une très belle discipline hivernale qui mérite d’être reconnue à sa juste valeur et forcément d’accéder aux Jeux Olympiques d’Hiver. Mais le chemin sera forcément long car les règlements olympiques doivent être adaptés si j’ai bien compris et saisi les enjeux des derniers débats sur le sujet.

 

On vous a enfin vu accompagné d’une voiture particulière à Lignières, un véhicule qui a aussi attiré de nombreux regards. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est un Hummer HXT, il n’y en a que huit dans le monde à vrai dire. Il vient de République tchèque. Mais elle appartient à mon sponsor, Tropix. Elle est à moi sans être à moi. Je l’utilise en terme d’image, sur les courses et je me fais payer l’essence par le Team. Ce qui est bien vu la consommation ! Évidemment, je ne roule pas avec une telle voiture. Ce n’est pas un véhicule pour aller bosser tous les jours. Je prends donc mon vélo. Par contre à l’instar d’une voiture de collection, je la sors le week-end quand il fait beau. C’est aussi un clin d’oeil. J’ai toujours aimé les belles voitures !

 
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Bastien Boisson