Martin Zlamalik, l’art de courir

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Sous les belles formes, les belles couleurs se cache un travail de longue haleine, graphique et artistique avant tout, introspectif surtout. Cette histoire est celle d’un retraité tchèque qui comble son temps libre et sa créativité auprès d’un crossman suisse, d’une fratrie belge ou d’un rouleur français. Voici le récit de la nouvelle carrière de Martin Zlamalik, véritable trait d’union entre deux générations dorées du cyclocross tchèque. Photos : © Martin Zlamalik.

 

Un nouveau virage

Martin exerce à présent ses talents dans plusieurs activités, dont un certain nombre pour sa petite entreprise personnelle, Zlama Sport. Le graphisme et la peinture tout d’abord. Tour à tour, peintre sur cadre vélo pour Simon Zahner, les frères Sweeck, Sylvain Chavanel ou encore le Niels Albert Store, designer de casques de vélos et de motos. Le business et la communication ensuite en étant commercial pour les marques Moose, R2 et Tufo au Benelux. Sa connaissance de la région, son goût pour le « handmade job et le airbrush » ainsi que sa simplicité sont des qualités recherchées par ces différentes marques. Comme il le dit lui-même « j’ai toujours eu de belles relations avec de grands champions : Niels Albert, Sven Nys notamment. Après une année d’un business naissant avec Moose, ils m’ont proposé de devenir leur représentant exclusif au Benelux, ce poste me correspondait ». Pour eux, il s’occupe de faire connaitre la marque auprès de nouveaux clients. C’est une société qui customise les vêtements cyclistes de haute qualité pour tous les cyclistes. Wout van Aert, Laurens Sweeck ou Julian Taramarcaz en portent régulièrement, Zlamalik n’y est pas étranger, clairement. Un emploi du temps chargé pour ce retraité des labourés depuis février 2013 et un arrêt prématuré à 31 ans. Il s’explique sur ce choix difficile « mon fils est né en avril 2012 puis j’ai fais un stage d’été avec l’équipe, j’étais en bonne forme mais je suis tombé et je me suis cassé la clavicule, mais cela n’était pas le plus important, c’est la façon dont cela s’est terminé qu’il faut retenir. En effet, quand j’ai chuté, j’ai terminé ma course sous un camion qui arrivait en contresens, j’ai vu ma vie défiler… Même si j’ai bien récupéré de cette blessure, la saison de cyclo-cross s’est vite terminée et tout cela m’a fait énormément réfléchir. Il était temps d’arrêter ! »

 

Un avenir ensoleillé

Cet arrêt sera aussi marqué par le retrait de Landbouwkrediet dans le sponsoring de l’équipe. « Ce départ a aussi appuyé le choix de mettre un terme à ma carrière, l’équipe n’avait pas assez d’argent pour me prolonger même si beaucoup de choses avaient déjà changées suite au départ de Nys qui montait sa propre équipe » balaye Zlamalik. Landbouwkrediet repartira plus tard avec tous les coureurs initiaux au projet sauf Zlamalik, elle est maintenant devenue Kalas-Nnof avec dans ses rangs Jens Vandekinderen et Sophie De Boer notamment. Martin Zlamalik avait débuté cette profession, au plus haut niveau, une douzaine d’années auparavant, marquée par une 7ème place aux Mondiaux Espoir 2001 de Tabor, ce jour là il y avait eu quatre tchèques dans les dix : Trunschka second, Kasek fermant le podium et Soukup 9ème. Mais le créatif tchèque allait pleinement lancer sa carrière deux années plus tard avec un titre prometteur de champion d’Europe Espoir, à Tabor toujours, acquis à la pédale trois secondes devant Martin Bina et vingt-neuf devant Steve Chainel. Ce sera l’unique fulgurance d’une carrière entièrement dédiée aux labourés bien qu’elle s’annonçait extrêmement prometteuse, s’imaginant les plus grands rêves, portant les plus beaux maillots distinctifs.

 

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Martin Zlamalik fait partie de la génération dorée tchèque, celle composée entre autres des Zdenek Stybar, Radomir Simunek fils ou Martin Bina. Cette dernière faisait la transition, le trait d’union entre l’ancienne livrée des illustres Jiri Pospisil, Petr Dlask ou Radomir Simunek père et la filiation actuelle avec Michael Boros, Jakub Skala mais surtout Adam Toupalik. Ces trois là sont pour Martin l’arbre qui cache la forêt. « Nous avons un trou de génération pour les années à venir, il n’y a pas beaucoup de crossmen dans les jeunes catégories qui ont du caractère et pourraient percer dans les années à venir. On peut aussi l’observer en Belgique, c’est un problème générationnel avant tout mais dans notre pays la fédération ne s’intéresse pas aux jeunes, c’est un grave phénomène. » D’après lui, il n’est pas non plus facile pour un jeune de partir vivre en Belgique très tôt, pour se confronter au gratin mondial, compléter sa formation, même si des coureurs expérimentés comme Simunek peuvent tout de même contribuer à changer la donne, il cite « j’espère toujours des résultats de la part de Radomir afin qu’il prouve à quel point c’est un grand coureur ».

 

Les années top 10

Né le 19 avril 1982, ce natif de Ceské Budejovice enleva cinq victoires en Toi Toi Cup, le challenge de cyclo-cross made in République Tchèque. Parmi ces quelques victoires on pourrait citer Kesmonosy ou Plzen en 2004 et 2008. À Hradiste, petite ville de la région de Zlin à une centaine de kilomètres au sud de Prague, Zlamalik empocha deux succès dans ce même challenge en novembre 2004 et 2011. N’oublions pas Hlinsko en 2009 et l’importance des épreuves disputées à Tabor où il signait en 2010 sa meilleure performance aux Mondiaux Elite, sixième. Dans la lancée de sa saison 2003, où il enfile la célèbre tunique bleutée, il rapportera une très belle troisième place des Mondiaux Espoir 2004 de Pontchâteau, remportés par Kevin Pauwels. Il gouta aussi à quelques courses sur route, pour la forme, la Flèche du Sud, le Tour de Haute-Autriche ou le Tour de Belgique. Il y étoffa son palmarès par une victoire sur la première étape du Tour de Malopolska (2.2) le 17 juin 2010. Le carrefour des années 2010 est sa période la plus faste, la plus régulière au plus haut niveau avec des secondes places à Bredene en 2009, Dottignies derrière Mourey en 2010 – épreuve chère à Marc Duquesnoy, une sixième position à Baal et deux septièmes places à Essen et Valkenburg en 2011, septième aussi à Nommay en Coupe du Monde au cours de l’année 2009. Une belle régularité dans les premières places sur des épreuves renommées. Martin Zlamalik a couru pour la formation Sunweb-Revor avec Sven Vanthourenout et Klaas Vantornout en 2010 et 2011 et sa signature chez KDL Trans – Landbouwkrediet où il ne resta finalement que deux saisons, avant sa retraite prématurée en février 2013. Avant cela, il avait pédalé de 2001 à 2009 pour la formation tchèque dénommée Author – Praha puis Cyklo Team Budvar Tabor, formation pour laquelle il remporta son titre U23. Une tunique que portait aussi un certain Martin Bina puis, pour le Team Volvo Auto Hase MTB furtivement lors de l’hiver 2009-2010.

 

Le coup d’arrêt

Comme tout artiste, Martin aura eu sa part d’ombre et ce contrôle positif à l’éphédrine le 19 novembre 2005 après la manche de Budvar Cup (maintenant Toi Toi Cup) de Plzen, subit une suspension de six mois à 23 ans, un passage sombre de son histoire qu’il semble à présent omettre lorsqu’il nous raconte son passé, « sur la fin de ma carrière, je me sentais comme un esclave du sport moderne ». Au delà de résultats honorables, d’une carrière qui n’a pas suivi la trajectoire escomptée, il retient surtout « le fait d’être resté très longtemps en bonne santé, au plus haut niveau ce qui est très dur pour un cycliste professionnel et mes belles performances à chaque fois que je courrais chez moi à Tabor. J’ai tout donné pour cette discipline avec ma passion, mon coeur ». Il conclut par un sentiment que chaque cycliste connait de nos jours, quelque soit son niveau, son origine, sa localisation, « j’aimais prendre mon vélo et rouler… juste rouler simplement en aimant le moment présent et en profitant ». Finalement, tout cela ressemble à des situations, des poins de passage non obligés dans la vie d’un sportif de haut niveau. Il faut reconnaitre ses erreurs, apprendre et évoluer au risque de sombrer. Martin est sorti de cet esclavage, de cette carrière de crossman sinueuse grâce avec ces nouvelles activités, il présente maintenant une autre vie en tant qu’artiste, commercial et père de famille. Un autre père de famille, toujours cycliste à plein temps, reconnait à sa juste valeur son travail actuel « Un nouveau projet magnifique ! Merci à Martin Zlamalik pour cet incroyable travail » s’émeut Simon Zahner à la réception de son nouveau jouet, un cadre de route Felt – bigarré d’un damier gris et noir – et customisé par son grand copain Zlamalik, début avril.

Bastien Boisson