Mathieu van der Poel, un crossman à La Bresse

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La 91e place. Une position inhabituelle pour un numéro deux mondial habitué aux multiples succès et aux démonstrations physiques ou techniques. Mais les prestations proposées par Mathieu van der Poel en cyclo-cross n’ont pu se reproduire en VTT ces dernières semaines à l’exception de débuts prometteurs à Chypre. Le Néerlandais souhaitait décrocher un ticket pour Rio et les Jeux Olympiques disputés cet été au Brésil ; un objectif manqué en raison de résultats insuffisants associés à des critères stricts voire délicats. L’ancien champion du monde a donc conclu sa parenthèse VTT à La Bresse ce dimanche 29 mai, l’occasion pour Labourés Magazine d’établir un bilan, de suivre durant toute une journée la jeune pépite néerlandaise loin de sa discipline de prédilection. Photos : © Labourés Magazine.


 

« Si Mathieu veut faire les Jeux Olympiques, il doit recommencer dans deux ans au lieu d’essayer de se qualifier en deux mois. Il faut compter du temps. On savait déjà que c’était presque mission impossible, il faut être réaliste » – Adrie van der Poel

 

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La nouvelle a pu surprendre de nombreux observateurs de la discipline hivernale quelques jours seulement après les Championnats du monde parcourus à Zolder. Le coureur membre de la formation Beobank-Corendon annonçait ainsi le 6 février vouloir prendre part à la saison de VTT, afin d’obtenir une sélection olympique et représenter les Pays-Bas cet été : une certaine revanche sur des Mondiaux où il n’a pris « que » la cinquième place, l’étirement d’un calendrier tronqué à l’automne 2015 en raison de multiples blessures ou simplement la volonté de vivre un rêve. Mais en définitive la conclusion attendue n’a pas abouti. Mathieu van der Poel n’ira pas à Rio. À l’arrivée à La Bresse nous avons alors retrouvé un crossman principalement résigné, mais aussi un coureur motivé pour demain. Un calendrier d’ores et déjà déconnecté du VTT, un programme sur route en prévision d’une nouvelle saison de cyclo-cross au sommet. Mais cette campagne printanière dédiée à la discipline olympique n’est pas pour autant un échec. Bien au contraire, elle fut dès ses débuts menée par une volonté réelle, de nouvelles ambitions et des défis à répétition. Le champion des Pays-Bas de cyclo-cross Élite Hommes âgé de 21 ans seulement a en effet dû renoncer à son statut U23 en VTT aussi, s’élancer des dernières rangées sur la ligne de départ à l’occasion des principaux rendez-vous internationaux ; éloigné des meilleurs.

 

Du cyclo-cross au VTT

Les Masters de Waregem concluent la saison de cyclo-cross depuis quelques années maintenant à la fin du mois de février. Mais cet hiver, un des principaux crossmen manquait à l’appel au départ de l’exhibition nocturne. Mathieu van der Poel a ainsi préféré se rendre à Chypre et profiter d’un pic de forme encore présent pour y débuter les compétitions de VTT (et marquer ses premiers points UCI) plutôt que de se présenter une dernière fois dans les labourés en Belgique. La raison est simple. Comme en cyclo-cross désormais, le VTT est lui-aussi régi par une véritable course aux points. Le classement mondial détermine la grille de départ des différentes compétitions et notamment des manches de Coupe du monde où sont attribuées le plus d’unités ; un cercle vicieux. La course de Mathieu van der Poel a donc souvent pu se résumer ainsi : une longue remontée en raison de ses débuts dans cette discipline. Car bien plus qu’en cyclo-cross, le positionnement au départ en VTT semble essentiel du fait d’un nombre de concurrents parfois excessivement élevé, de circuits techniques et étroits comme à La Bresse où progresser apparaît être délicat à la lumière également des propos d’Adrie van der Poel : « Vous pouvez placer n’importe qui à la 100e place au départ, il ne reviendra jamais devant. J’ai moi aussi fait un peu de VTT à mon époque mais ça a tellement changé depuis. On ne peut plus doubler, il n’y a plus de longues lignes droites. La course dure maintenant 1h30 au lieu de 3 heures. Il ne reste finalement pas grand chose à faire ».

 

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La France a connu en 2016 deux manches de Coupe du monde off-road. Mathieu van der Poel s’est donc présenté au départ des deux compétitions séparées de quatre mois. Le Néerlandais s’imposait en champion du monde à Lignières au terme d’une insolente démonstration, subissait la règle des 80% à La Bresse durant l’avant dernier tour ; point de règlement qui paradoxalement a souvent condamné de nombreux crossmen cet hiver en raison des performances élevées de Mathieu van der Poel. Dans le Berry mi-janvier, le jeune coureur brillait à un moment où il écrasait la discipline, se présentait comme le principal favori des Championnats du monde. Une domination notamment liée à un pic de forme décalé, des débuts tardifs dans les labourés. Une blessure au genou survenue sur le Tour de l’Avenir à la fin de l’été suivie d’une opération chirurgicale écartait durant de nombreuses semaines le champion du monde en titre, retardait ses premières performances. En somme, cette saison de cyclo-cross réduite de moitié permettait au Néerlandais de légitimement poursuivre la compétition au-delà des circuits flamands, finalement en VTT. C’est donc avec cette domination retrouvée que Mathieu van der Poel a pu immédiatement impressionner la planète VTT à Chypre et rivaliser avec de vraies stars de ce sport, dès ses débuts : quatrième du classement final de la Cyprus Sunshine Cup et surtout vainqueur de la deuxième étape. Des résultats remarqués mais insuffisants en définitive pour permettre un meilleur placement sur la grille de départ en Coupe du monde.

 

« Je n’ai jamais retrouvé les sensations connues à Chypre, c’est dommage. Là-bas, je me sentais vraiment bien ! » – Mathieu van der Poel

 
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Un nouveau challenge

Les chances de décrocher une place en sélection nationale pour les Jeux Olympiques furent en somme limitées dès les débuts du projet ; des possibilités rares qui expliquent finalement la difficulté de réalisation. Seule une arrivée dans les six premiers à La Bresse pouvait encore offrir la place convoitée : un dénouement délicat quand au départ la plaque accrochée au cintre affiche le numéro 89. Pourtant, Mathieu van der Poel a rapidement progressé dans les Vosges, pointait un temps aux alentours du cinquantième rang après quelques minutes seulement. En vain, le challenge n’a pu être relevé. Concrètement, le fils du champion du monde de cyclo-cross 1996 devait respecter divers critères pour espérer traverser l’Atlantique, remplir au moins l’une des trois conditions suivantes ces dernières semaines : un top 6 en Coupe du monde, intégrer à deux reprises les douze premières places à l’occasion de manches de Coupe du monde également ou encore rentrer dans le top 10 des Championnats d’Europe. Le dernier scénario mentionné restait d’ailleurs la solution la plus évidente ou fiable, celle par laquelle Sven Nys avait obtenu son ticket olympique en 2008 – prenant de plus la neuvième place à Pékin. Mais le retraité belge détenait déjà une sérieuse expérience en cross-country olympique, contrairement à Mathieu van der Poel nouveau venu en VTT et confronté de même à une vraie concurrence sur le sol néerlandais avec Rudi van Houts, Michiel van der Heijden, Hans Becking ou encore Frank Beemer ; pour deux places seulement dans la sélection.

 

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Les résultats positifs acquis à Chypre n’ont donc en rien préfiguré la suite et sont plutôt à associer à un décalage évident : entre un ancien champion du monde de cyclo-cross encore frais à la fin du mois de février et des spécialistes de VTT à leurs débuts. L’écart s’est alors très rapidement réduit puis inversé. La suite fut donc plus difficile, à l’exception d’une victoire obtenue à Beringen en Belgique devant les meilleurs locaux (Jens Schuermans et Sébastien Carabin) et diverses progressions tout de même proposées. Mathieu van der Poel a en effet remodelé ses objectifs, devant remonter le maximum de coureurs ; challenge atteint à de multiples reprises en Coupe du monde et salué par son père : « Mathieu a fait de belles choses en VTT, encore aujourd’hui à La Bresse. Gagner quarante places en un tour c’est déjà pas mal. Mais c’est très difficile de trouver son rythme. Il s’est retrouvé à chaque fois derrière des coureurs qu’il voulait doubler mais il ne pouvait pas. Il y a donc une vraie perte de temps. Peut-être qu’il n’avait pas toujours de bonnes jambes non plus mais ce n’est pas évident de doubler et remonter en VTT ». Parti en fond de grille, Mathieu van der Poel s’est alors illustré une première fois en ouverture de la Coupe du monde à Cairns (32e) avant de récidiver plus tard à Albstadt (34e) au terme de deux courses aux scénarios comparables pour le jeune néerlandais. Un vrai coup d’arrêt s’est opéré avec cet abandon connu à Huskvarna en Suède lors des Championnats d’Europe, puis une dernière déception personnelle à La Bresse en conclusion d’une première expérience consacrée au VTT.

 

« Je ne suis pas content de ma course, encore. Ce n’était pas bon aux Championnats d’Europe non plus. J’étais mieux à Albstadt la semaine dernière mais je n’ai jamais connu pour autant le sentiment recherché ni obtenu de bons résultats » – Mathieu van der Poel

 
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La Bresse, conclusion anticipée

Une démonstration. Les meilleurs français de la discipline off-road ont dominé la troisième manche de la Coupe du monde de VTT XCO disputée au cœur des Vosges le 29 mai dernier, ont trusté le podium. Le Suisse Nino Schurter écarté par deux crevaisons et le double champion olympique Julien Absalon se détachait en tête de course dès les premières boucles. Le Français détenait rapidement une avance confortable, pouvait savourer son succès auprès d’un public dédié à sa cause. Cette ambiance comparable à celle souvent proposée par les spectateurs dans les labourés flamands a aussi profité à Mathieu van der Poel : reconnu, encouragé, identifié comme le crossman venu se mesurer aux meilleurs vététistes avec un bel objectif. La course du numéro deux mondial en cyclo-cross s’est cependant achevée peu avant la cloche, contraint de stopper sa course en raison de la règle des 80% et du rythme soutenu proposé par Julien Absalon. Le Néerlandais a pourtant remonté quarante places dès le premier tour parcouru à vive allure avant de rétrograder et laisser filer d’autres coureurs partis derrière lui : « La descente a été définie comme technique mais ça m’allait, je me débrouillais bien je pense. Les deux derniers tours je n’ai pas pris de risques non plus car j’étais déjà loin dans une position qui ne veut pas dire grand chose. C’est surtout dans la montée où j’ai senti que je n’avais pas de force. Cette côte à La Bresse est très longue, compose une grande section du circuit. C’est donc très difficile de progresser dans une telle montée quand on n’a pas de force dans les jambes ».

 
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Cette 91e place restera fort probablement l’ultime résultat de Mathieu van der Poel obtenu en VTT cette saison. Pas de Jeux Olympiques donc mais pas de Championnats du monde non plus. L’épreuve internationale avancée à la fin du mois de juin cette année était pourtant inscrite au programme du jeune athlète dans un premier temps, une étape supplémentaire avant les Jeux Olympiques ou même de remplacement. Mais Mathieu van der Poel n’ira pas à Nove Mesto en République tchèque : « Je voulais poursuivre jusqu’aux Championnats du monde normalement, même si je ne fais pas les Jeux Olympiques, pour essayer de ne pas finir sur une mauvaise note. Mais là je pense que je vais simplement arrêter. Je veux d’abord me sentir mieux et surtout faire une bonne préparation pour la saison de cyclo-cross. On essaiera de mieux faire l’an prochain, si je fais encore du VTT ». Résigné. Le moral en berne. La mission semblait en effet impossible à l’écoute des mots prononcés plus tôt par Adrie van der Poel, presque irréalisable. Mais c’est justement ce presque qui parfois crée la différence. La volonté du Néerlandais fut ainsi conséquente, peut-être trop, à la recherche durant de longues semaines d’une solution pour pouvoir décrocher une meilleure place sur la ligne de départ et se rapprocher des critères olympiques : « J’ai tout fait et je me suis entraîné trop fort après la manche australienne pour progresser, sans récupérer du déplacement. Mais les autres ont aussi été en Australie. C’est juste le corps qui cette fois-ci ne veut pas. Du repos s’impose et nous verrons ».

 

« Il est temps de prendre un peu de recul et du repos pour mieux me diriger vers la saison de cyclo-cross » – Mathieu van der Poel

 
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VTT vs Route

Le crossman aux onze succès en trois mois seulement cet hiver a donc suivi un autre chemin, une voie différente vis-à-vis des saisons précédentes en choisissant d’évoluer en VTT au détriment d’autres compétitions professionnelles sur route. Sacré champion du monde U19 à Florence, Mathieu van der Poel a depuis multiplié les succès et les passages remarqués sur route – au-delà du cyclo-cross – chez les espoirs mais aussi et surtout auprès des professionnels. Tour de Belgique, Boucles de la Mayenne, Tour Alsace ou Baltic Chain Tour sont ces épreuves où Mathieu van der Poel s’est manifesté ces dernières années. Le VTT a chamboulé ce programme régulier et habituellement validé ; la manche d’Albstadt privant le Néerlandais et même son équipe du Tour de Belgique par exemple ; course par étapes où il terminait l’an dernier à la sixième place. Une nouvelle addition peu évidente pourtant validée par son encadrement mais en partie remise en cause par Adrie van der Poel : « Je préfère que Mathieu fasse de la route et du cyclo-cross plutôt que du VTT et du cyclo-cross. Le VTT est devenu trop dangereux. Les organisateurs recherchent du spectacle. Si l’on veut être bon en VTT il faut uniquement faire du VTT. Être un spécialiste. Mais c’est finalement aussi valable pour la route et le cyclo-cross ». Sur les traces d’autres légendes de la discipline hivernale comme Sven Nys, Mathieu van der Poel a alors voulu tenter d’associer cyclo-cross et VTT : une combinaison déjà avortée à ce jour : la route reprenant sa place au calendrier d’un coureur attendu cet été notamment.

 

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Exit le VTT, Mathieu van der Poel s’illustre déjà sur route, reprenant alors des chemins connus en préambule d’une saison de cyclo-cross pleine où il pourra cette année prétendre aux classements généraux des trois principales séries. Des échéances ciblées en préambule, une participation probable au Tour de l’Avenir, des courses également cochées par Adrie van der Poel : « Mathieu va maintenant enchaîner les Boucles de la Mayenne et le Tour Alsace sur route où il a ses habitudes. Il n’ira pas aux Mondiaux de VTT donc il peut pleinement se consacrer à la route maintenant. Je pense que c’est vraiment mieux pour lui. Et s’il veut faire les Jeux Olympiques en VTT, il doit recommencer dans dans deux ans au lieu d’essayer de se qualifier en deux mois. Il faut compter du temps, deux ans pour débuter par de petites courses pour prendre en confiance et accumuler les points UCI avant de se confronter aux grands coureurs ». Des espoirs seront donc une nouvelle fois positionnés sur les épaules de l’ancien champion du monde de cyclo-cross, qui assurément détiendra une position de favori au départ du Tour Alsace et pourquoi pas au Tour de l’Avenir chez les espoirs : « Le Tour de l’Avenir peut être intéressant pour moi. C’est une belle course et elle est très bien positionnée dans le calendrier pour finaliser ma préparation pour l’automne et revenir à mon meilleur niveau ». Car s’il est assimilé professionnel en cyclo-cross et en VTT à 21 ans seulement, Mathieu van der Poel reste bel et bien U23 sur route. Le regard toujours vers demain, le cyclo-cross et en définitive loin du VTT.

 
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Sébastien De Cock