Cinq leçons du cyclo-cross d’ouverture

vanthourenhout2

La première épreuve européenne de la saison s’est disputée dimanche, remportée sans surprise par le champion du monde Wout van Aert. S’il est bien évidemment trop tôt pour tirer des conclusions ou dresser de véritables enseignements, ce premier Brico Cross a tout de même confirmé certaines hiérarchies mais aussi différentes incertitudes. Un premier bilan, sur les pavés du Mur de Grammont. Photos : © Labourés Magazine.

 

1. L’armada Marlux-Napoleon Games

Des rivalités étaient attendues dimanche dernier, des oppositions au champion du monde Wout van Aert bien sûr favori du Brico Cross disputé au Mur de Grammont. Le secteur pavé accueillait ainsi un cyclo-cross pour la première fois depuis janvier 1998 et inaugurait aussi le dernier challenge cité. Cette opposition, vaine puisque Wout van Aert a su se défaire des différentes tentatives adverses pour s’imposer, peut se résumer en définitive en un seul bloc : Marlux-Napoleon Games. Les crossmen de Jurgen Mettepenningen ont en effet tous été aux avants-postes à un moment donné, ont contesté l’hégémonie Wout van Aert jusqu’à espérer l’emporter dans un dernier tour mouvementé. Six coureurs composaient encore la tête de l’épreuve durant l’avant-dernier tour, un groupe alors constitué de trois crossmen Marlux-Napoleon Games : Kevin Pauwels, Klaas Vantornout et Michael Vanthourenhout. L’ancien champion du monde U23 a été excessivement offensif, relançant l’allure, étirant un temps le peloton puis ce groupe de leaders à chaque ascension du Mur de Grammont : une deuxième place prometteuse à l’aube d’un hiver qui ne correspond qu’à sa deuxième saison professionnelle. Son coéquipier Klaas Vantornout complète le podium, position encourageante avant le Süpercross de Baden et la première manche de l’EKZ CrossTOur où il s’alignera en favori après une dernière saison difficile. De bon augure pour un effectif homogène puisque Kevin Pauwels termine 4e, Dieter Vanthourenhout 8e et la nouvelle recrue Eli Iserbyt 11e.

 

2. Beobank-Corendon en manque d’un leader

L’omniprésence de la formation Marlux-Napoleon Games, du champion du monde Wout van Aert ou encore de Laurens Sweeck ont presque permis d’oublier Beobank-Corendon. L’absence de Mathieu van der Poel s’est particulièrement faite ressentir jusqu’à ne pas constater la nouvelle tenue de l’équipe empreinte désormais de violet en plus du rouge et du blanc habituel. Le champion des Pays-Bas ne reprendra la saison qu’à Gieten en Superprestige le 2 octobre, une nouvelle fois blessé au genou en ce début de saison. Les regards pouvaient donc se tourner vers les autres coureurs de cette équipe bien représentée sur la ligne de départ de ce Brico Cross. Philipp Walsleben échoue au 27e rang, semblant déjà retrouver les travers d’une dernière saison où il a multiplié malchance et résultats décevants. Vincent Baestaens a toute la course navigué en milieu de peloton, classé 23e. Seul David van der Poel a un temps confirmé son statut de crossman d’envergure, figurant encore parmi les leaders à l’entame d’une quatrième boucle sur dix à parcourir au total. Mais le résultat a finalement été en-deçà de ce début de course, le Néerlandais étant repoussé à la 31e place. Le retour du leader se fait donc attendre, situation délicate quand toute une équipe repose sur ce statut. Tom Meeusen s’est effondré à la mi-course chez Telenet-Fidea Lions, la relève a été assurée par Corné van Kessel ou Quinten Hermans. Jens Adams et Tim Merlier ont aussi intégré le top 10 chez Crelan-Vastgoedservice en complément de Wout van Aert.

 

« Quand Michael est parti dans le dernier tour, j’ai dû m’employer pour le suivre. Puis j’ai un peu bluffé, j’étais en tête à la fin. J’ai maintenant plus d’expérience » – Wout van Aert

 

3. Wout van Aert, le bluff avant l’heure

Le CrossVegas ne se déroulera que le 21 septembre. Et pourtant le bluff, qui logiquement aurait pu être réservé au cyclo-cross situé dans la ville de tous les pêchés, fut employé à quelques reprises par le champion du monde sur l’ancien juge de paix du Tour des Flandres. Wout van Aert a été patient, n’a pas écrasé d’entrée toute concurrence comme il a pu le faire la saison dernière en septembre à Neerpelt ou à Erpe-Mere. Les premières boucles parcourues à vive allure et les accélérations successives de Michael Vanthourenhout, Laurens Sweeck ou Quinten Hermans ont aussi incité le jeune crossman à rester dans le rang. Un départ moyen plus tard et il se maintenait en quatrième position : se contentant plutôt de mener la poursuite. Car un duo s’est à quelques reprises détaché en tête de la course, s’est montré offensif : Vanthourenhout et Sweeck. Van Aert a réagi, toujours, mais à contre-temps, semblant même en difficulté dans la section du Mur de Grammont escaladée. La mi-course marquait le réveil du numéro un mondial, alors en tête avec Vanthourenhout. Insuffisant. Ce dernier, après un nouveau regroupement, accélérait dans l’avant dernier tour et proposait son ultime tentative dans le Mur de Grammont à moins d’une boucle du but. Là encore, Wout van Aert a laissé faire, s’est maintenu à quelques longueurs dans une section où pourtant la victoire pouvait se jouer. Le champion du monde a conclu par un retour tonitruant en quelques virages seulement, distançant alors Vanthourenhout avant d’ajouter un sprint bonus.

 
hermans
 

4. Jeune pousse

Le départ du premier cyclo-cross européen de la saison a été incontestablement marqué par Quinten Hermans. Médaillé de bronze chez les Espoirs à Zolder, le jeune crossman âgé de 21 ans a proposé le meilleur départ : en tête au premier virage après un sprint mené d’une main de maître et durant les premiers hectomètres. S’il a finalement dû se contenter du douzième rang à l’arrivée, la pépite ainsi managée par Sven Nys chez Telenet Fidea Lions débute une nouvelle fois son programme de brillante façon auprès des professionnels. Dès 2013, le crossman flamand inaugurait sa saison avec une sixième place acquise au CrossVegas, quatrième l’édition suivante. Cette nouvelle prestation remarquée chez les pros confirme son statut de leader d’une catégorie U23 où il opère cet année ses dernières sorties ; un statut bien évidemment partagé avec Eli Iserbyt. Le champion du monde U23 s’est effectivement régulièrement distingué au Mur de Grammont malgré un départ délicat, devançant sur le fil Hermans à l’arrivée. Les deux talents belges se retrouveront ce dimanche à Baden en Suisse : où ils partiront en première ligne en compagnie des professionnels, comme de véritables favoris. Mais au-delà des espoirs, c’est bel et bien toute une génération qui s’est une nouvelle fois affirmée dans les labourés flamands à Geraardsbergen ; tel un symbole pour le premier cyclo-cross européen disputé depuis la retraite de Sven Nys. Six coureurs membres du top 10 ont moins de 25 ans, huit des douze premiers avec Eli Iserbyt et Quinten Hermans.

 

5. Sanne Cant redémarre sur les chapeaux de roues

Les saisons vont-elles se suivre et se ressembler pour Sanne Cant ? Fort probablement. La crosswoman champion de Belgique et d’Europe s’est une nouvelle fois distinguée à domicile, devançant sur le fil une compatriote pourtant favorite de l’épreuve pavée et vallonnée. Jolien Verschueren, notamment victorieuse du Koppenbergcross la saison dernière, n’a échoué que de quelques centimètres seulement au Mur de Grammont. Seul un sprint a en effet pu départager la crosswoman membre de Telenet Fidea Lions et Sanne Cant. Cette dernière entame toutefois sa saison par une victoire pour la première fois depuis 2013. Un bon point à dix jours de l’ouverture de la Coupe du monde prévue à Las Vegas. Mais aussi pour le cyclo-cross féminin. Ce succès vient conclure une semaine dédiée à Sanne Cant, particulièrement mise en avant lors de la présentation des structures des frères Roodhooft. La crosswoman a effectivement été appelée à la toute fin de la présentation, en compagnie de Mathieu van der Poel. Un geste symbolique prouvant la confiance des frères Roodhooft envers une jeune athlète devenue indissociable du cyclo-cross féminin. Mais encore vingt fois victorieuse la saison passée, Sanne Cant ne parvient pas à concrétiser, à décrocher ce maillot arc-en-ciel : butant notamment sur Pauline Ferrand-Prevot en février 2015 puis sur Thalita De Jong et Caroline Mani à Zolder. Nul doute que ce premier succès acquis au Mur de Grammont en appellera d’autres cette saison, avec bien sûr le Luxembourg et Bieles dans le viseur.

Sébastien De Cock