Le week-end en cinq enseignements

yorben-van-tichelt-derby

Un dimanche de challenges. Le DVV Verzekeringen Trofee, la Coupe de France ou encore le British Cycling Trophy ont repris leurs droits le week-end passé ; quelques heures où Wout van Aert, Mathieu van der Poel ou encore Francis Mourey se sont distingués. Mais derrière ces succès se cachent des enseignements plus importants : en préambule de prochaines semaines déjà décisives dans les labourés. Photos : © Labourés Magazine.

 

1. L’obsession du duel

Wout van Aert vs Mathieu van der Poel. Le Memorial Radomir Simunek organisé à Gieten en ouverture du Superprestige fut une véritable vitrine pour le cyclo-cross. Le duel opposant les deux pépites actuelles des sous-bois a en effet élevé la discipline. La revanche était logiquement attendue ce week-end, huit jours plus tard. Les regards des habitants de la planète cyclo-cross se sont alors détournés des autres épreuves internationales, se sont dirigés vers les confrontations promises entre le champion du monde et le champion des Pays-Bas lors du Berencross de Meulebeke puis à l’occasion du Grote Prijs Mario De Clercq parcouru à Ronse. Mathieu van der Poel levait les bras sur la piste du deuxième Brico Cross samedi. Le numéro un mondial brillait le lendemain en DVV Trofee. Mais l’affrontement entre les deux leaders actuels du cyclo-cross n’a pas eu lieu ou fut plutôt indirect. Malade les jours précédents, Van Aert n’a pu rivaliser avec Van der Poel à Meulebeke. Les problèmes mécaniques rencontrés par les deux crossmen à Ronse ont dévié le duel : de longs retours à des relégations inévitables. Le cyclo-cross fut cette fois-ci magnifié par des doublés. Mathieu van der Poel emmenait Wietse Bosmans dans son sillage à Meulebeke ; coéquipier chez Beobank-Corendon auteur d’un vrai come-back malgré une maladie de Lyme handicapante. Jens Adams a pour sa part offert ce doublé à Crelan-Vastgoedservice à Ronse, deuxième sur les traces de Wout van Aert. De belles images. Le cyclo-cross propose parfois des histoires inattendues.

 

2. Francis Mourey rebondit

Délicat. Ce qualificatif peut caractériser le début de saison de Francis Mourey. Les rendez-vous inscrits à son programme en amont de la première manche de la Coupe de France l’ont écarté de la première place. Le champion de France semblait encore loin d’un niveau affiché l’hiver précédent avant le cyclo-cross de Gervans. Toujours présent sur le podium du Süpercross de Baden depuis 2011, Francis Mourey a cette fois-ci échoué au treizième rang. Les épreuves suisses suivantes n’ont pas permis au champion de France d’exhiber au mieux sa tenue nationale : seulement cinquième à Illnau puis septième à Aigle en l’absence pourtant des meilleurs crossmen mondiaux. La troisième place obtenue à Épenoy le 1er octobre sur le sol national confirmait un manque de réussite voire une méforme : battu par Anthonin Didier et Hadrien Degrandcourt sur les sections d’une épreuve seulement régionale. Et pourtant, Francis Mourey a su rebondir et trouver le ressort nécessaire pour revenir à son meilleur niveau dans les labourés à l’aube de rendez-vous décisifs : la troisième manche de la Coupe du monde organisée le 23 octobre à Valkenburg, les Championnats d’Europe programmés à Pontchâteau une semaine plus tard. Le champion de France a donc décroché sa première victoire de la saison à Gervans, son premier succès en Coupe de France depuis le 14 décembre 2014 ; devançant au sprint son rival national Clément Venturini au terme d’une course rapide. De bon augure en amont d’un prochain test international : le Polderscross disputé à Kruibeke en Belgique samedi.

 
francis-mourey-gervans
 

3. Un challenge franco-français

Onze séries ont été intégrées au calendrier international 2016-2017. Le Giro Italia Ciclocross et les Verge NECXS Series ont (provisoirement) perdu ce statut, au profit d’une Coupe d’Espagne promue au même titre que le Trofeo Selle SMP Master Cross et le Brico Cross. La Coupe de France inaugurée dimanche à Gervans reste à part. Trois manches : soit le nombre de rendez-vous le plus faible des challenges existants ; loin des huit épreuves programmées en Superprestige, DVV Trofee, Toi Toi Cup et Coupe d’Espagne, des cinq cyclo-cross inscrits en EKZ CrossTour et National Trophy Series. Un autre constat est de même évident, à la lecture des grilles de départ et des listes de résultats. La Coupe de France reste française, une série aux barrières étanches. Deux étrangers seulement ont tenté l’aventure : la Néerlandaise Bianca Van den Hoeck classée 12e chez les Dames, l’Espagnol Jofre Cullell Estape 7e de la course U19. La compétition Élite Hommes a manqué de crossmen étrangers, malgré quelques présences révélées la saison dernière. Wietse Bosmans prenait en effet la 3e place à Albi, Jens Vandekinderen et Aitor Hernandez intégraient le top 10. Le règlement est la principale explication, en plus de primes de départ absentes mais pourtant inhérentes au cyclo-cross. Les étrangers ne marquent pas de points ne peuvent donc pas prétendre à un rang final en Coupe de France. Les grilles de départ ne sont pas établies vis-à-vis du classement UCI. L’EKZ CrossTour doté d’épreuves de classe 1 – comme en Coupe de France – détient des listes de départ internationales.

 

4. Yorben Van Tichelt en impose

Néo-professionnel, Yorben Van Tichelt a d’ores et déjà marqué les esprits cette saison : vainqueur à Derby en Grande-Bretagne dimanche devant le spécialiste local Ian Field. Le Belge membre de la formation Marlux-Napoleon Games a ainsi pris la tête de la série britannique, enfilant la tenue jaune de leader des National Trophy Series ou British Cycling Trophy : un second statut de leader pour un crossman déjà numéro un de l’EKZ CrossTour après deux manches. Douzième à Baden malgré une crevaison survenue au départ, Yorben Van Tichelt complétait le podium à Aigle le 2 octobre, se hissant alors au sommet du challenge suisse. Le Belge évolue sur les traces d’autres crossmen souvent irréguliers chez les espoirs voire écartés des sélections nationales, devenus ensuite têtes d’affiches auprès des professionnels : à l’image du Néerlandais Corné van Kessel ou du Belge Tim Merlier ces dernières saisons. Sa dernière victoire remontait aux compétitions U23, vainqueur à Oostmalle le 23 février 2014 devant… Mathieu van der Poel et Wout van Aert. Élite sans contrat pour ses débuts dans la catégorie reine, le jeune athlète a donc choisi les séries annexes, loin du sol national. Le crossman défendra ses positions de leader à Abergavenny en Grande-Bretagne le week-end prochain puis à Hittnau le 6 novembre en EKZ CrossTour. Le Belge a de même progressé de trente places au classement mondial en quelques semaines, aujourd’hui 74e, à quelques rangs du top 50 et d’une probable sélection en Coupe du monde dès le mois de novembre.

 
joris-nieuwenhuis-ronse
 

5. Joris Nieuwenhuis, espoir numéro un

Les compétitions réservées aux crossmen âgés de moins de 23 ans s’annoncent relevées cette saison. Car les leaders de l’hiver passé sont encore tous membres de ces rangs. Les premiers cyclo-cross internationaux ont donc confirmé certaines attentes. Le champion d’Europe U23 Quinten Hermans s’est particulièrement distingué auprès des professionnels : auteur de cinq tops 10 dont deux acquis en Coupe du monde sur le sol américain. Eli Iserbyt n’a pas chômé non plus, dans l’attente des premières courses espoirs de la saison programmées à partir du mois d’octobre seulement. Le champion du monde U23 a pris la deuxième place en Suisse à Baden derrière son coéquipier Klaas Vantornout, complétait le podium à Meulebeke samedi. Mais le premier doublé de la saison côté U23 est revenu au Néerlandais Joris Nieuwenhuis ; vainqueur à Gieten en ouverture du Superprestige puis à Ronse en DVV Trofee. Le coureur membre de la formation Rabobank a pu s’appuyer à Gieten sur un incident mécanique rencontré par Quinten Hermans dans l’ultime boucle après un beau duel, puis a été l’auteur d’un long raid solitaire à Ronse. Vainqueur l’an dernier de la manche de la Coupe du monde U23 parcourue à Zolder, Joris Nieuwenhuis s’affiche ainsi comme favori numéro un du deuxième rendez-vous du Superprestige proposé à Zonhoven dimanche et surtout de la première manche de la Coupe du monde organisée (à domicile) à Valkenburg : devant le Français Clément Russo, l’Italien Gioele Bertolini et donc les Belges Eli Iserbyt et Quinten Hermans.

Sébastien De Cock