Une saison avec Christine Majerus (#1)

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Labourés Magazine donne la parole et dédie une large partie de ses reportages aux athlètes. Chaque mois, la championne du Luxembourg Christine Majerus tiendra son carnet de bord. Récente championne du monde de contre-la-montre par équipes avec Boels-Dolmans, Christine Majerus a depuis repris à nouveau les cyclo-cross : entamant une saison complète en amont de Mondiaux organisés au Luxembourg. Photos : © Labourés Magazine.

 

Christine, comment vous sentez-vous après ces quelques semaines passées dans les labourés ?

Je commence tout doucement à retrouver mes repères tant à l’entraînement qu’en course. Je dois avouer que la transition route/cyclo-cross a été plus difficile qu’espérée. Mais c’est aussi une saison particulière pour moi. Normalement je prends de vraies vacances après ma saison de route, alors c’est normal d’être moins performante à la reprise du cyclo-cross. Cette année j’ai tout de suite repris le cyclo-cross en espérant pouvoir profiter de ma forme physique. Le physique je l’avais mais j’étais néanmoins en difficulté. Mais je sens que je suis sur la bonne voie et c’est cela que je vais retenir.

 

Comment avez-vous effectué cette transition entre la route et le cyclo-cross, à deux reprises pour vous finalement ?

Oui, j’ai fait une reprise en deux temps. Ce n’était pas forcément prévu mais j’avais un week-end sans compétition en septembre alors j’ai décidé de m’aligner en Suisse. Il faut savoir que la saison de route est très longue et les Mondiaux au Qatar très tard. Il vient un moment où il commence à être un peu plus dur de se motiver pour les entraînements alors que la compétition reste toujours aussi attirante. Dans ce contexte, mon excursion à Baden en cyclo-cross m’était plutôt profitable. J’ai fait une belle course pour une première ! Par la suite je suis repassée sur le vélo de route resp. de chrono pour préparer les Mondiaux à Doha. J’avais fait dépendre ma participation à la course en ligne de ma sélection ou non pour le contre-la-montre par équipes. Le TTT était mon principal objectif. J’allais rester en Europe tout court et commencer ma saison de cyclo-cross tout de suite si je n’étais pas dans l’équipe. Mentalement c’était un peu dur de devoir combattre sur deux fronts sans vraiment savoir si cela allait payer. Mais finalement je suis très contente d’avoir eu la chance de participer au TTT et d’avoir retardé la rentrée de cross de trois semaines. Un titre de championne du monde vaut bien cela !

 

« Ce titre mondial est un grand soulagement. On travail très dur avec l’ensemble de l’équipe Boels-Dolmans depuis trois ans pour progresser sans cesse en contre-la-montre par équipes »

 

Quel bilan dressez-vous de votre saison sur route, brillamment conclue à Doha ?

C’était sans aucun doute ma meilleure saison sur route jusque-là, tant au niveau des victoires et des places individuelles que sur le plan collectif. On a vraiment été très performantes tout au long de l’année et je considère le titre de championne du monde de contre-la-montre par équipes aussi comme une récompense pour tout ce qu’on a achevé tout au long de la saison. Puis ce titre est aussi un grand soulagement. On travail très dur avec l’ensemble de l’équipe depuis trois ans pour progresser sans cesse dans cette discipline, que ce soient les coureurs, le staff et les sponsors notamment Specialized. Ce fut une grande déception pour tout le monde l’an dernier. On finissait deuxième puisqu’on a vraiment joué de malchance avec ma crevaison dès les premiers kilomètres. Alors cette année, on avait vraiment envie de le faire et on est tous très fiers d’avoir réussi ! Après, je regrette seulement mes deux chutes au Tour of Britain et au Giro. Rétrospectivement, je peux considérer que j’ai eu beaucoup de chance puisque c’étaient des chutes à haute vitesse assez spectaculaires les deux fois à ce qu’il paraît. Mais cela m’a coûté d’autres beaux résultats fin juin et en juillet.

 

Baden a donc marqué plus tôt votre retour en cyclo-cross et aussi votre premier podium de la saison. Quel regard portez-vous sur cette course avec le recul ?

C’était une belle organisation avec en plus un beau circuit. Je termine deuxième. Cette course était une belle parenthèse durant ma préparation pour le contre-la-montre par équipes. Je voulais voir où j’en étais physiquement mais aussi techniquement en vue de la saison de cyclo-cross. Je suis repartie plutôt confiante de cette course. J’avais fait un beau premier trois-quarts de l’épreuve où je jouais la victoire. Puis j’ai fléchi un peu techniquement, surtout en fin course. Mais globalement, il y avait plus de points positifs que négatifs.

 

Votre retour dans les sous-bois a ensuite eu lieu à Valkenburg en Coupe du monde. 21e, une reprise difficile ?

Oui, ma deuxième reprise a été plus compliquée. Avec le recul, je pense qu’il ne faut pas surévaluer cette contre performance. J’étais certes déçue de cette journée mais il faut aussi savoir être réaliste. Je venais de passer plus de deux semaines au Qatar où la température ne descendait jamais en-dessous des 29 degrés. Lors des entraînements on était plus proche des 40 que des 30 degrés. Forcément le corps n’allait pas aimé le retour à la normalité. Physiquement j’étais bien, j’avais eu des bons entraînements durant la semaine. Mon corps semblait au contraire vraiment apprécier d’être revenu à des conditions météorologiques plus humaines. Par contre une fois en course à Valkenburg, j’ai tout de suite su que cela n’allait pas être ma journée. J’ai raté mon départ, j’ai raté la première descente puis je me suis retrouvée très loin dans le peloton. Je n’arrivais pas du tout à me faire mal, les jambes n’y étaient pas et du coup la tête non plus. Ce n’était juste pas ma journée, juste trop de trucs qui ce sont accumulés et qui étaient complètement contre productifs.

 
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Vous prenez la 13e place à Pontchâteau ensuite. Vos Championnats d’Europe ont été marqués par une chute survenue après un bon début de course. Vous sembliez déçue à l’arrivée ?

Oui j’étais déçue. Après Valkenburg je m’étais rassurée sur mon état de forme à l’entraînement. Je savais que le problème n’était pas forcément physique et le changement de température était aussi digéré. C’est pour cela que je n’ai pas hésité à prendre la tête au début. Je voulais voir jusqu’où je pouvais accompagner les meilleures. Je sais pertinemment que ce n’est pas encore suffisant pour rivaliser avec les toutes meilleures, techniquement je dois encore pas mal progresser. Mais j’étais vraiment motivée à au moins essayer. Et là je me suis retrouvée par terre, sans trop savoir ce qui m’arrivait. Je ne m’y attendais vraiment pas, j’ai été carrément éjectée de mon vélo ! Une concurrente a accroché mon guidon et je n’avais juste aucune chance de rester debout. La chute est en plus survenue sur une partie route alors j’ai vraiment mal tapé le sol. Je me suis relevée vite certes, mais je n’ai pas réussi à retrouver un bon rythme pendant plus d’un tour. J’étais seule dans la nature et cela ne pardonne pas sur un circuit rapide comme cela. J’ai continué de me battre finalement, pour au moins en faire un bon entraînement. Mais c’est sur que le résultat brut est décevant.

 

Le Koppenbergcross et la manche de Superprestige à Ruddervoorde ont dernièrement marqué les esprits. Deux tops 5 sur deux cyclo-cross pourtant bien différents. Que retenez-vous de ces épreuves et de vos courses ?

Effectivement, je suis contente d’avoir pu renverser un peu la tendance sur ces deux cross. De part sa difficulté, le Koppenbergcross me convient assez bien. J’ai vraiment pris plaisir à nouveau et quand le plaisir est là en général les résultas suivent aussi. J’ai bien géré mon effort, Sophie De Boer avait juste plus de réserves à la fin que moi, donc je me satisfais avec la quatrième place. Le plus important est d’avoir eu de bonnes sensations tant physiques que techniques et de repartir avec de la confiance pour les prochaines courses. À Ruddervoorde, le circuit est en effet complètement différent. Il n’est pas très difficile de part son relief, mais très technique. A priori cela me convient beaucoup moins bien. D’ailleurs j’avais fini loin l’an dernier, onzième à plus de trois minutes si je me souviens bien. Alors rien que la cinquième place et mon retard me réjouissent. Si j’ajoute à cela que j’ai fait le mauvais choix de boyaux, la satisfaction ne peut qu’augmenter. Techniquement cela m’a vraiment désavantagé, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas changé de vélo en course parce que j’en avais un de prêt avec des boyaux boues. Mais dans le feu de l’action je n’ai pas trop réfléchi et dans le dernier tour je voulais surtout ne pas perdre de temps encore avec un changement de vélo. Ce sera l’enseignement de la journée. Je ne referai plus la même erreur.

 

« C’est un grand honneur d’accueillir les Mondiaux au Luxembourg. Ce seront pour moi mes uniques Championnats du monde à la maison alors j’ai envie de me donner à fond ! »

 

Vous vous rapprochez ainsi à nouveau des podiums internationaux. Quels sont vos objectifs affichés pour cette saison et à court terme au mois de novembre ?

Les podiums ne sont pas très loin. Mais vous savez en cyclo-cross, même dix secondes peuvent vous semblez être une éternité. Alors je ne veux pas me mettre la pression avec des objectifs de podium. Je veux juste continuer sur ma lancée des deux dernières courses. Essayer de progresser au fil des cyclo-cross et si je peux me battre pour le podium, je donnerai tout ce que j’ai. Et si je dois me battre pour un top 5 ou un top 10 je ferai pareil. Il y a de belles courses qui m’attendent, notamment Gavere, un cyclo-cross qui m’a bien réussi ces dernières années. On va essayer de faire aussi bien que le week-end dernier.

 

Les Championnats du monde sont au Luxembourg cette saison. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Évidemment, c’est un grand honneur d’accueillir les Mondiaux au Luxembourg. Comme le cyclisme en général, le cyclo-cross connaît une longue histoire au Luxembourg et avoir les Mondiaux à nouveau dans le pays confirme cela. Pour moi, ce seront sûrement mes uniques Championnats du monde à la maison alors j’ai envie de me donner à fond pour cet événement ! Mais je ne dois pas oublier à la fin de la journée que cela reste une course comme une autre où tout peut arriver, dans le positif comme dans le négatif. C’est cela aussi qui fait la beauté de la discipline, l’imprévisible et le suspense. J’espère en tout cas pouvoir me battre avec les meilleures devant mon public.

 

Balint Hamvas (cyclephotos.co.uk) a dernièrement édité une vidéo qui finalement vous présente de la meilleure des façons. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Je côtoie Balint depuis quelques temps. J’étais déjà très fan de ses photos de cyclo-cross alors j’ai été très contente de le voir, il y a deux ans, s’investir dans le cyclisme féminin. Vous savez, on manque cruellement de couverture médiatique et surtout d’une bonne couverture médiatique. Alors avoir des photos d’un très grande qualité, tant esthétiquement que techniquement parlant, ne peut qu’aider le cyclisme féminin. C’est lui entre autre qui fournit une partie des photos de Velofocus. L’an dernier il m’a parlé de son projet personnel de vidéo et qu’il avait besoin d’un « sujet ». Alors j’étais évidemment prête à l’épauler. On a passé une bonne journée même s’il faisait très moche ce jour là. Mais le résultat final est vraiment bien. J’espère que cela lui servira comme tremplin pour d’autres projets plus importants parce que je sais qu’il en a.

 

Sébastien De Cock