L’autre Supercross

samoreau

Après le Süpercross de Baden en Suisse, épreuve bien connue dans le paysage des labourés professionnels et à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle saison du Supercross Series parisien, focus sur le Paris Chill Racing et ce passionnant challenge français de cyclo-cross : un rendez-vous prisé, tant sportif que festif et où la franche camaraderie est la première de toutes les performances. Photos : © Jonathan Ris / PCR.

 

In Chistole we trust

L’Histoire du Paris Chill Racing a commencé il y a maintenant six ans alors que ce n’était qu’un trio de potes qui buvait des bières après une de leurs sorties nocturnes à vélo. Ils étaient tous membres réguliers du forum Pignon Fixe sur les Internets. La soirée leur avait permis d’écrire les contours de ce projet qui sortait à l’époque des codes établis – le fixie commençait tout juste sa percée dans la capitale – et puis de donner un nom : ce sera Paris Chill Racing, abrégé PCR. Paris comme lieu de synergie, de melting pot. Chill comme l’esprit qui peut régner dans les rassemblements du Team. Et Racing, parce qu’il faut bien un peu s’époumoner de temps en temps, chercher l’adrénaline de la compétition. Si on fait les comptes, le groupe d’amis a bien grandi depuis 2010. Ils sont dix à s’en occuper à longueur d’année et à tenir en haleine les dizaines de riders qui les rejoignent deux fois par semaine, plus si affinités, pour juguler cette bonne ambiance. Néanmoins, cela n’a pas toujours été le cas. Fort de sa réputation grandissante, le trio initial s’est vite vu déborder par l’afflux de parisiens assoiffés de singlespeed ou autre pignon fixe lors des deux premières années jusqu’à se retrouver à soixante sur certaines sorties en plein Paris. L’ambiance commençait à se dégrader, chacun roulait dans son coin, ce n’était plus le PCR. Ils se sont donc arrêtés un temps. L’idée de base du groupe d’amis reposait sur des « rides à la cool » depuis un QG, la Place de la République les mardis et dimanches avec une map évolutive chaque semaine. Puis, petit à petit l’organisation s’est améliorée, le groupe grandit à nouveau en accumulant divers sponsors, organisant diverses compétitions (Alleycat, Escape Town) et s’est restructuré jusqu’à l’hiver 2013 date du lancement officiel de la section cyclo-cross du PCR.

 
chistole
 

Le fils du Gogo Hell Cross

Après avoir participé au Gogo Hell Cross en Belgique à Esquelmes, Antoine Pinaud – l’un des trois fondateurs – a eu l’idée géniale de lancer cette sous-section. La veille, il avait participé à un Alleycat sur fixie à Lille puis, voulant rentabiliser son déplacement (et sa courte nuit) a fait le court voyage de l’autre côté de la frontière pour participer à cette iconoclaste épreuve belge. Soyons clair, le Gogo Hell Cross est clairement la source d’inspiration majeure de la section offroad du Paris Chill Racing notamment grâce à son ambiance déjantée ! En rentrant sur Paris, l’idée a fait son nid, Antoine a motivé une petite troupe autour de lui puis l’organisation d’épreuves s’est faite tout naturellement dans la capitale jusqu’à créer une finale en Saintonge dans la petite ville de Matha. Pourquoi la Charente ? Et bien, le jeune homme à un pied à terre dans cette région vu qu’il en est originaire. Il peut de ce fait organiser le week-end plus facilement avec la maire du village qu’il connaît et s’employer avec les agriculteurs du coin pour récupérer des bottes de pailles ou toute sorte d’obstacles pouvant servir à concocter le parcours. Encore une fois, les organisateurs ont voulu profiter de leur week-end en Poitou-Charente en faisant participer la veille une grande partie du contingent de coursiers parisiens à l’épreuve d’endurance 6h VTT du village voisin, l’occasion de joindre l’utile à l’agréable tout en faisant découvrir le patrimoine.

 

PCR Supercross Series

Au début, le Supercross n’était pas un championnat. Cette configuration n’a commencé qu’en 2015 avec six épreuves : trois dans Paris, deux en région parisienne et la super finale au Saintonge. L’idée cet hiver est de refaire un championnat qui s’étend de novembre à mai avec des endroits inédits, une finale toujours en Charente et des courses dont la localisation est annoncée au dernier moment. Pour l’heure, la compétition s’annonce passionnante avec un programme d’une course par mois environ qui se diversifie chaque année. La première épreuve est organisée ce dimanche 27 novembre dans le 12ème arrondissement, une deuxième manche est annoncée le 18 décembre, le Xmas Supercross. En 2017, le challenge débutera le 22 janvier chez Crazy Hops, une brasserie artisanale, l’un des sponsors, puis continuera par l’habituelle épreuve de Samoreau en région parisienne le 26 février. Viendra ensuite la très alléchante course de Mons-en-Pévèle le 19 mars où à n’en pas douter, un gros contingent belge devrait faire le déplacement ! Le printemps arrivant, ce sera déjà l’heure de revenir sur le circuit de BMX parisien du Bigup Trail, le 23 avril pour finir au Saintonge Supercross 2017 le 27 mai dans le petit village de Matha. La participation aux épreuves du challenge est libre, le prix d’inscription est généralement de quelques euros sur chaque épreuve mais fait plutôt penser à l’euro symbolique qu’à un profit généré par l’organisation.

 
antoine-pinaud
 

Les mots d’Antoine Pinaud le confirme : « On préfère ne pas être sélectif sur les participants, notre but n’est pas de faire de bénéfices, loin de là, mais avant tout de privilégier la bonne ambiance et toucher le maximum de gens ». Lorsque l’inscription est un peu plus chère, c’est qu’il y a un barbecue à l’arrivée. Le PCR n’est pas une association en tant que telle, il lui est donc difficile de collecter de l’argent. Qui devrait l’encaisser ? De toute manière, l’esprit des membres est totalement en marge de cette idée de bénéfices, il n’y a aucune hiérarchie, pas de responsables, juste un panachage des compétences : monteur vidéo, chef de projet, coursier, et tant d’autres. C’est un groupe hétéroclite qui aime manier l’art de la Chistole. Discipline qui exporte plus de 300 maillots frappés du pigeon du PCR dont 50 à l’étranger : jusqu’en Amérique à Portland, au Québec à Montréal, en Asie ou dans le fin fond d’un bar de Saint-Jean-d’Angély et qui consiste à conjuguer l’esprit sportif à l’esprit festif. Expression largement empruntée au monde des coursiers et qui selon la légende, aurait même sa propre page Wikipédia. A la lumière de la grosse centaine qu’ils étaient en mai dernier pour le Saintonge Supercross 2016, la renommée du challenge est grandissante. Ils étaient 60 en 2014 pour la première édition et maintenant des gens viennent d’Espagne, d’Autriche ou du Canada pour participer à l’épreuve.

 

Un challenge bien ficelé

Bon soyons francs, il y aura une entorse au challenge. Elle se déroulera le 14 décembre dans le 11ème arrondissement à la Mécanique Ondulatoire, pour un événement intitulé « Le Bal du Paris Chill Racing ». Annoncée sur ces mots : « BINGO MAGGLE, GROS SON DU PCR dans la cave pour y faire danser, et une SURPRISE ! IN CHISTOLE WE TRUST », la soirée promet d’être riche en enseignements, en partenariats avec des marques comme La Bicyclette, Knog, Kryptonite, Fred Perry, Cliff Bar ou Brooklyn Brewery France. De nombreux lots seront distribués dont… des points pour le classement général du PCR Supercross Series ! Pour ce qui est des épreuves en elles mêmes, le déroulement est assez similaire d’un lieu à l’autre. Les concurrents s’élancent par petits groupes sous la forme de manches qualificatives, parfois avec des départs types Bol d’Or en moto ou avec la roue avant détachée qu’il faut retrouver parmi un monticule d’autres roues, jusqu’à atteindre les quarts, les demies puis la finale de l’épreuve. Le classement scratch est plutôt bien doté en récompenses : pack de (bonnes) bières, cadre de vélo notamment. Un classement du rendez-vous est effectué et les meilleurs cumulent des points pour le classement général du challenge.

 
podium
 

Antoine tient à récompenser les athlètes en marge sur chaque épreuve comme sur le dernier Saintonge où le dernier s’est vu agréablement garni, parce comme il le dit « c’est le mec qui avait tout essayé pour finir plus haut dans les classements, il a tout donné mais il est dernier quand même, on souhaite encourager ce genre de comportement, ça nous fait bien marrer ! ». Ou encore, le Prix de la Chistole qui récompense celui qui a été le plus actif la nuit précédente sur le stand Brooklyn et qui est dans le haut du panier le lendemain matin, le prix du hasard qui comme son nom l’indique peut tomber sur n’importe qui et à n’importe quel moment et enfin le prix du déguisement. Concernant la typologie des circuits, ils sont à la carte, en fonction de l’humeur des organisateurs le jour J, de la météo et des environnements naturels. Il peut aussi bien y avoir une rivière à traverser en plein cœur de l’hiver, qu’une caravane à enjamber en mai. L’état major du PCR songe à faire évoluer les circuits en trouvant de nouveaux spots comme une carrière de gravier, un terrain de foot, une casse auto. Tout en ayant l’influence du Gogo Hell cross non loin de la tête. Les vélos, eux, sont généralement à 70% des vélos de cyclo-cross, et peuvent être singlespeed. Le reste sont des VTT.

 
full-saintonge
 

Voilà, c’est parti pour six mois de compétitions où les concurrents, tous plus déjantés et déchaînés les uns que les autres iront se confronter à la réalité du terrain francilien, au coeur d’un des fameux secteurs pavés de Paris-Roubaix et en pleine Charente. Finalement, à la fin il n’y aura qu’un seul vainqueur : le Paris Chill Racing !

 

Plus d’informations sont consultables sur leur page Facebook.

Bastien Boisson