Une saison avec Lucas Dubau (#2)

lucas-dubau-pontchateau-zeven

Labourés Magazine donne la parole et dédie une large partie de ses reportages aux athlètes. Nous vous proposons de suivre la saison de Lucas Dubau. Chaque mois, l’espoir français membre du Team Peltrax tiendra ainsi son carnet de bord. Récent champion d’Île-de-France, le jeune crossman s’est particulièrement distingué au mois de novembre : en amont d’objectifs nationaux et internationaux. Photos : © Labourés Magazine.

 

Tu es le nouveau champion d’Île-de-France de cyclo-cross. T’attendais-tu à ce titre ?

Je venais avec mon frère Joshua pour gagner, c’est certain. L’objectif était que l’un ou l’autre ramène le titre à la maison. Lequel ? On ne savait pas. Je ne pensais pas honnêtement qu’Alexandre Billon allait être aussi fort. On a eu énormément de mal à le lâcher. Tout s’est joué en fin de course. Ce fut alors à moi de l’attaquer, Joshua a favorisé mon départ, j’ai pu creuser une belle avance et la maintenir jusqu’à l’arrivée. On est bien évidemment satisfait même si Joshua se fait malheureusement battre au sprint pour la deuxième place. Le niveau était élevé, un peu plus que chez les espoirs. On avait fait le choix de prendre le départ auprès des élites pour cela. La forme est donc très bonne, je me sens bien même s’il y a eu quelques déceptions au mois de novembre : je n’ai pas été sélectionné à Koksijde, j’ai déjanté à Zeven alors que je jouais le top 5. La saison est encore longue, il y aura d’autres occasions. Le mois de novembre reste très satisfaisant, ce titre de champion d’Île-de-France conclut parfaitement ce nouveau cycle dans les labourés.

 

Pontchâteau a confirmé fin octobre ton statut d’outsider. Mais tu semblais toutefois déçu du résultat…

On peut courir jusqu’à quatre saisons chez les espoirs. J’estime que l’on a donc deux ans pour faire sa place, construire son parcours et bien évoluer ensuite. C’est déjà ma troisième saison au sein de cette catégorie. Je dois donc maintenant marquer les esprits au niveau international ! Je suis content de faire des tops 5, des tops 10. Mais il faut maintenant monter sur les podiums ! J’étais donc frustré à l’arrivée à Pontchâteau car je prends la 8e place un jour où la forme était exceptionnelle à l’occasion de Championnats d’Europe et en France. Il faut donc maintenant concrétiser.

 

« J’acceptais de payer mes frais de déplacement pour aller à Koksijde et prendre le départ de cette course mythique. Mais ils ont refusé. »

 

Huitième à Pontchâteau donc, mais aussi à Valkenburg plus tôt en Coupe du monde puis dixième à Zeven. Tu affiches une certaine régularité au niveau international.

Oui et c’est le cas depuis quelques temps finalement. Déjà l’an dernier je parvenais à intégrer le top 10 ou à m’en approcher. Je connais bien tous ces coureurs avec qui je dois rivaliser depuis mes débuts en cyclo-cross. Je suis cette saison régulièrement présent donc c’est rassurant : cela démontre que la forme est toujours là, après plusieurs mois de compétitions. Il ne manque pas grand chose pour monter sur le podium ou bien marquer un grand coup. Mais ce n’est pas simple. Je suis proche des meilleurs coureurs chez les espoirs mais le niveau au sein de cette catégorie est aussi extrêmement serré.

 

Que retiens-tu de ta dernière prestation à Zeven ?

J’ai trouvé sur place un circuit vraiment bien, que j’ai beaucoup aimé. Il faisait en revanche très froid et c’est ce que je craignais après les reconnaissances. La course fut rapide et technique. Il fallait bien piloter et négocier les nombreux virages. Certains passages étaient limites car ce n’était pas tout plat. Bien au contraire, il y avait des petites montées où passer en vélo n’était pas toujours simple, même si les meilleurs ne se posent pas la question. Il manquait peut-être une bosse plus difficile, un vrai passage physique. Mais personnellement je me suis donné, j’étais bien entamé à l’arrivée ! C’est aussi bien d’avoir des circuits différents et de varier les scénarios de course. On ne peut pas courir à Namur tous les weekends. J’ai déjanté donc malheureusement j’ai rétrogradé à la dixième place en fin d’épreuve.

 

La manche de Coupe du monde disputée à Koksijde fut annulée mais tu n’étais pas sélectionné. Pourquoi ?

On nous a expliqué après les Championnats d’Europe que les budgets en Équipe de France étaient limités pour les prochains rendez-vous. La consigne était claire : faites-vous la bagarre à Bagnoles-de-l’Orne en Coupe de France où la sélection pour Koksijde sera établie. Ce n’est pas évident d’être performant sur tous les événements : aux Championnats d’Europe, en Coupe du monde mais aussi en Coupe de France. J’ai réussi ce challenge et j’ai pris la deuxième place à Bagnoles-de-l’Orne. Mais je n’ai quand même pas été retenu pour Koksijde, les effectifs réduits devaient tourner. Bref, j’étais sélectionné pour Zeven et non aux deux manches. Faire deuxième ou sixième à Bagnoles-de-l’Orne n’aurait peut-être rien changé. J’ai trouvé tout cela étrange mais bon, il faut aussi prendre en compte les questions financières. J’acceptais de payer mes frais de déplacement pour aller à Koksijde et prendre le départ de cette course mythique. Mais ils ont refusé. Je trouve cela dommage. Ce ne sera plus le cas normalement, les effectifs prévus pour les prochains rendez-vous et stages sont conséquents.

 
lucas-dubau-pontchateau
 

Tu as aussi fait le choix de t’aligner à Ruddervoorde en Superprestige, afin de te mesurer au niveau belge.

C’est finalement presque une autre manche de Coupe du monde car le niveau est excessivement élevé : tous les Belges et Néerlandais sont présents. Le niveau est peut-être même supérieur dans la mesure où les effectifs flamands et néerlandais sont limités à quelques coureurs en Coupe du monde. Pas en Superprestige. Je n’étais pas vraiment en forme et ce fut mon premier cyclo-cross de la saison parcouru sous des températures négatives. J’ai très mal vécu cette course. J’étais tout le temps crispé après un bon départ pourtant. J’ai été dépassé dans les petites montée très rapidement car j’ai fait un mauvais choix de boyaux. Ils étaient tous en Rhino, moi en Typhoon… Donc je passais les côtes à pied… J’ai perdu beaucoup de temps avant de comprendre mon erreur puis de la signaler au mécano pour effectuer les changements nécessaires. J’espérais donc mieux que cela mais ce n’est pas non plus catastrophique car je termine aux portes du top 10.

 

Neerpelt début octobre, Ruddervoorde en novembre. Doit-on s’attendre à te voir davantage en Belgique ?

On y va déjà pour chercher quelques points UCI. C’est sur ces épreuves que je progresse le plus vite à mon avis. Je peux prendre l’exemple de Neerpelt où j’ai couru avec les meilleurs crossmen professionnels. Jamais le rythme diminue, cela ne s’arrête jamais de rouler. En France, les courses contiennent quelques temps morts, où l’on peut concrètement récupérer. En Belgique, on ne peut jamais respirer. Toujours à fond. Le niveau est là. Les circuits sont difficiles, originaux et uniques. Et puis, les cyclo-cross belges sont aussi plus proches de mon domicile que certaines autres épreuves françaises par exemple situées en Bretagne ou dans le sud. Je ne sais pas encore si je vais avoir l’occasion de me rendre à nouveau en Belgique en dehors de la Coupe du monde car le programme en décembre est déjà chargé. Peut-être en amont des Championnats de France pour finaliser la préparation. Tout cela dépendra de comment mon frère et moi récupérons des différentes courses.

 

Côté français, au-delà de ton titre de champion d’Ile-de-France, tu as plus tôt pris la septième place à La Mézière.

J’ai vraiment aimé cette épreuve : une belle organisation et un niveau intéressant. Je n’ai pas tout donné honnêtement. J’ai essayé d’en garder un peu sous la pédale car il y avait une manche de Coupe de France au programme deux jours plus tard et ça devait être une course déterminante pour les sélections en Coupe du monde. J’étais content de ma performance : une expérience complémentaire auprès des professionnels. Et l’ambiance était très bonne comme toujours en Bretagne !

 

« Mon jour de l’An ? Après les Championnats du monde ! »

 

Tu termines deuxième à Bagnoles-de-l’Orne. Que t’a-t-il manqué pour l’emporter ?

Il n’y a rien d’alarmant, Clément Russo était simplement au-dessus. Il a parfois de telles accélérations… C’est souvent très difficile de le suivre. Après, j’ai aussi l’impression que je parviens plus à me surpasser en Coupe du monde qu’en Coupe de France. J’espère que ça ira mieux à Nommay. Je trouve que l’écart entre nous se réduit, peut-être pourrons-nous offrir une belle bagarre dimanche en Franche-Comté. Nommay est un circuit que j’aime bien car le tracé est vraiment physique. On est en revanche habitué à un parcours gras mais je ne pense pas que ce soit le cas cette année. L’objectif est de lever les bras, surtout après cette deuxième place acquise lors du dernier rendez-vous. Les deux manches de Coupe du monde restent bien sûr les priorités de ce mois. J’aimerais vraiment m’approcher du podium voire monter dessus. J’espère du moins courir devant et pouvoir suivre les meilleurs si le résultat n’est pas là, comme lors de la dernière manche à Zeven.

 

Ton frère et toi avez aussi fait vos débuts au sein du Team Peltrax en novembre.

Cela se passe très bien, le club est vraiment compréhensif. Ils nous soutiennent en cyclo-cross donc c’est très bien et idéal. Nous couperons après la saison de cyclo-cross pour ensuite attaquer les courses sur route. Je n’ai pas de regrets du tout et je peux comme cela continuer à évoluer avec Joshua. On a toujours à peu près le même niveau. S’il y en a un un peu moins bien à l’entraînement, l’autre le pousse à se surpasser. C’est une motivation supplémentaire et positive, en course également. On est presque toujours ensemble, on s’entraîne avec mon père et un vrai petit groupe. L’émulation est positive.

 

Nous sommes en décembre. Et bien évidemment, comme chaque année, certains cyclo-cross majeurs coïncident avec les fêtes. Comment gères-tu cela ?

Nous évoluons à haut niveau. Nous mettons tout en place pour performer et obtenir les résultats souhaités. Forcément, si l’on associe fêtes et cyclo-cross, les résultats en pâtiront et il ne faudra pas venir se plaindre si le résultat obtenu aux Championnats de France n’est pas bon. Je ne me prends pas la tête et je reste concentré sur le cyclo-cross sans écarter toutefois ces moments. Je passe le 24 en famille, etc. L’an dernier j’avais très bien récupéré donc je n’ai pas de problèmes avec ça. Je fais attention à ce que je mange, on essaie de ne pas se coucher trop tard. Ce n’est pas gênant pour moi même si le jour de l’An forcément on aimerait bien faire la fête. Mais ce n’est pas vraiment compatible avec le reste. Je suis maintenant habitué, c’est le cas depuis plusieurs saisons. Mon jour de l’An ? Après les Championnats du monde !

 

Lire aussi : Une saison avec Lucas Dubau (#1)

Sébastien De Cock