Une saison avec Christine Majerus (#2)

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Labourés Magazine donne la parole et dédie une large partie de ses reportages aux athlètes. Chaque mois, Christine Majerus tiendra ainsi son carnet de bord, l’occasion de suivre la saison de la championne du Luxembourg membre de la formation Boels-Dolmans. Cinquième à Namur, Christine Majerus a confirmé sa régularité : à l’aube de la fin de saison et de rendez-vous internationaux majeurs. Photos : © Labourés Magazine.

 

Christine, comment vous sentez-vous tout d’abord en amont de la dernière partie de saison ?

La première partie de saison s’est plutôt bien passée pour moi. Si la période de transition entre route et cyclo-cross a été quelque peu difficile, une fois dans le rythme des courses j’ai fait des performances plus que correctes et je me suis même surprise moi-même à quelques occasions. Donc oui, je me sens plutôt en confiance et motivée avant d’entamer la partie finale de ma saison de cyclo-cross.

 

Vous êtes montée à deux reprises sur le podium de compétitions majeures ces dernières semaines : à Gavere puis à Francorchamps en Superprestige. Que représentent ces deux performances, sur deux cyclo-cross réputés difficiles ?

Ce fut à deux reprises de très bonnes performances. Ce sont des circuits qui me conviennent et qui font partie, avec le circuit de Namur, de mes tracés préférés de l’année. J’avais donc à cœur d’y réaliser de bonnes performances. Ce sont mes premiers podiums en Superprestige, évidemment c’était une grande satisfaction. Mais au-delà du podium, j’ai aussi été satisfaite de la façon dont j’ai couru. Je ne me suis pas cachée et j’ai animé la course. C’était mon objectif premier, me faire plaisir et voir où cela peut m’amener. Tout cela a plutôt bien marché.

 

Vous avez aussi été malchanceuse : votre selle vous prive du podium à Hasselt, vous avez été malade début décembre.

Malheureusement le cyclo-cross a beaucoup d’aléas. À Hasselt, je me battais à nouveau pour un podium donc ce fut un peu frustrant sur le coup. Mais au final c’était quand même une bonne journée. Le circuit ne me convenait vraiment pas et pourtant j’étais là pour le podium et les premières n’étaient pas si loin. Donc je suis repartie certes sans selle mais avec l’impression d’avoir progressé sur ce type de terrain. La maladie début décembre était quant à elle un peu prévisible. J’ai l’habitude de tomber malade une fois par hiver et c’est à peu près à la même période. Dans ma tête, je savais dès le début de l’hiver qu’il y aurait bien un weekend où je serai forcée de rester au chaud. C’est dommage que ce soit tombé sur le week-end du cyclo-cross d’Eschenbach car le circuit de la manche de l’EKZ CrossTour m’inspirait pas mal. Mais c’était préférable de faire une croix dessus pour la suite de la saison.

 

« Namur est le tracé qui me convient le mieux de tous les circuits proposés en Coupe du Monde. J’avais donc envie de bien faire. »

 

La manche de Coupe du monde parcourue à Zeven fut difficile pour vous. Que s’est-il passé ?

Oui, Zeven fut difficile. Je pense que je n’étais tout simplement pas dans une bonne journée. J’avais du mal dans les relances, dans les parties physiques puis le circuit ne jouait pas en ma faveur non plus. Puis quand on commence une fois à reculer dans le peloton ce n’est pas évident de se remotiver surtout quand les sensations ne sont pas au rendez-vous. Je me suis battue mais j’avais l’impression de pédaler dans de la gélatine, je n’avais aucun rendement. La course est à oublier et c’est aussi pour cela que j’ai participé le jour d’après au cyclo-cross régional de mon club au Luxembourg. Juste pour finir le week-end avec de meilleures sensations, sous un contexte un peu plus relax et avec moins de contraintes.

 

Namur a marqué votre retour au premier plan en Coupe du monde, avec cette 5e place.

Je suis contente d’avoir pu confirmer mes résultats acquis en Superprestige en Coupe du monde. Namur est le tracé qui me convient le mieux de tous les circuits proposés en Coupe du Monde. J’avais donc envie de bien faire. Mais je sais aussi qu’avoir envie ne suffit pas toujours, surtout sur des circuits aussi durs. J’étais malade le week-end précédent, puis j’ai fait un aller-retour en Espagne pour les photos de mon équipe. Ce n’était d’ailleurs pas mal de voyager pour peu d’entraînement. En gros, je ne savais pas trop à quoi m’attendre physiquement. Alors j’ai produit un départ un peu timide puis une fois que j’ai vu que ça répondait plutôt pas mal je suis remontée au fur et à mesure. J’ai même cru au podium à un moment donné mais finalement je dois avouer qu’Eva Lechner était plus forte que moi ce jour-là. J’ai pris du plaisir pendant la course et ça s’est reflété dans le résultat. Je suis repartie de Namur contente.

 
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En définitive, quel bilan dressez-vous de vos dernières semaines passées dans les labourés ?

C’était un très bon milieu de saison. J’ai répondu présente sur les circuits qui me convenaient, j’ai été placée sur tous les autres à l’exception de Zeven. C’est plus que j’attendais alors il y a de quoi être satisfaite et tout cela semble être de bon augure pour la suite. J’espère !

 

Vous avez récemment effectué votre premier training camp au ski avec votre équipe.

Décembre marque toujours un peu le début de la saison pour les équipes dédiées à la route. C’est aussi le cas chez Boels-Dolmans. On a la chance d’avoir des sponsors formidables et l’un d’entre eux (Dolmans) nous a offert, à toute l’équipe, un séjour au ski. C’est parti d’un pari formulé il y a trois ans. Il fallait entre autres que l’on remporte sur route la Coupe du monde par équipe, individuelle et que l’on devienne championne du monde de contre-la-montre par équipe. On avait toujours rempli certains critères les saisons précédentes mais jamais la totalité. Cette année on a pu cocher l’ensemble de ces critères. On est donc parti au ski. C’était fun. Ce n’est pas quelque chose que les cyclistes ont l’habitude de faire et certains ont donc dû se dire aussi que le pari était un peu risqué. Mais la majorité de nous savait déjà bien skier et puis le ski c’est comme le vélo : cela ne s’oublie jamais. Alors on en a tous profité à fond.

 

« Trois des quatre courses où je voulais bien faire, c’est-à-dire Gavere, Francorchamps et Namur, sont derrière moi. Il ne reste plus qu’une course : les Championnats du monde. »

 

Votre équipe Boels-Dolmans est ainsi au cœur de l’actualité : avec l’arrivée d’un nouveau sponsor et bien sûr le retour de votre coéquipière Nikki Brammeier.

On a changé d’équipementier vestimentaire. Cela faisait plusieurs saisons que l’équipe roulait avec des vêtements fournis par Bioracer. Et donc pour 2017, le management a décidé de changer et de s’associer à Santini. C’est une entreprise qui est majoritairement composée de femmes alors je pense que cela va se ressentir aussi dans l’approche qu’ils ont par rapport à cette collaboration. Et puis Nikki est effectivement de retour sur le circuit et je suis très contente pour elle. Elle avait lourdement chuté au départ des Championnats d’Europe et avait souffert d’abord d’une commotion cérébrale puis d’une fracture de fatigue au niveau du sacrum. Elle a été très courageuse dans sa convalesence et je me réjouis de la voir de retour aussi rapidement. D’ailleurs on a formé un petit groupe elle et moi pendant un tour et demi au cyclo-cross de Namur. Cela m’a plutôt fait marrer ! Certes, il n’y pas forcément de course d’équipe en cyclo-cross mais c’est toujours plus agréable de se partager la tâche avec une coéquipière qu’avec une concurrente.

 

Les prochains rendez-vous coïncident avec les fêtes de fin d’année. Comment associez-vous cela avec vos objectifs ?

C’est vrai que la période est un peu spécial. Tout le monde fait la fête et nous on fait du cyclo-cross. Cela tombe bien, je ne suis pas un gros fêtard. On fait le réveillon mais pas trop non plus car le jour d’après on part déjà pour la manche de Coupe du monde disputée à Zolder le 26 décembre. Puis la St Sylvestre risque de se terminer aussi avant l’heure habituelle puisque je cours le 1er janvier à Pétange au Luxembourg. C’est la vie de cycliste mais je m’en plains pas. Je ne fais pas particulièrement des prochaines courses des objectifs si ce n’est de profiter de chacune pour encore progresser physiquement et techniquement. Trois des quatre courses où je voulais bien faire, c’est-à-dire Gavere, Francorchamps et Namur, sont derrière moi. Il ne reste plus qu’une course : ce sont les Championnats du monde.

 
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Vous avez justement effectué la reconnaissance du tracé des prochains Championnats du monde. Comment se sont déroulés ces tours de circuit à Belvaux ?

Lorsque j’ai fait la reconnaissance, le circuit n’était pas encore complètement terminé. C’est donc dur pour moi de me faire une réelle idée de la difficulté du tracé. J’espère pouvoir y retourner avant la fin de l’année pour faire des tours complets. Je ne vais pas vous mentir, j’aurais préféré un circuit encore plus physique, mais il faudra faire avec ce que l’on a. Il y a des parties techniques puis la fin du circuit risque d’être un peu plus physique et c’est ce que je vais garder en mémoire. Puis, on ne sait jamais, peut-être le dieu de la météo sera de mon côté.

 

Enfin, vous avez aussi reçu le Prix de Sportive luxembourgeoise de l’année 2016.

C’était une belle soirée et repartir avec le trophée était évidemment la cerise sur le gâteau. C’est la troisième fois déjà que j’ai cet honneur et cela fait toujours aussi plaisir. Il est vrai que j’ai connu une excellente année 2016 donc je m’y attendais un peu mais comparer différents sports entre eux est un exercice délicat. J’aurais tout à fait pu comprendre ne pas gagner. Toutes les filles sélectionnées ont eu d’excellents résultats cette année et nous faisons toutes autant de sacrifices les unes que les autres pour être à notre meilleur niveau. Alors dans ce sens, tout le monde méritait cette récompense.

 

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Sébastien De Cock