Une saison avec Lucas Dubau (#3)

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Labourés Magazine donne la parole et dédie une large partie de ses reportages aux athlètes. Chaque mois, Lucas Dubau tiendra ainsi son carnet de bord. L’espoir membre du Team Peltrax, véritable acteur des Championnats de France parcourus à Lanarvily, attaque sa dernière partie de saison : sélectionné pour les deux manches restantes de Coupe du monde et les Championnats du monde. Photos : © Labourés Magazine.

 

Lucas, tu termines finalement loin de tes objectifs à Lanarvily. Une chute te condamne à la dixième place…

Je voulais prendre un bon départ pour ne pas être gêné par les chutes ou d’autres incidents ; ce que j’ai fait. Je n’étais pas si mal que cela en début de course et le rythme s’est vraiment emballé au bout d’un tour et demi. Ce ne fut pas simple à gérer tactiquement car nous étions nombreux en Île-de-France et les adversaires de Rhône-Alpes aussi. Je commençais à ne pas être bien à ce moment là et j’ai préféré récupérer et l’on était déjà en surnombre en Île-de-France à l’avant. J’ai souhaité ne pas suivre Clément Russo puis j’ai lâché prise pour éviter d’être mal ou distancé. J’ai donc géré mon effort. Malheureusement on ne s’est pas entendu en poursuite derrière. Sandy Dujardin et Eddy Finé n’ont pas voulu rouler puis ont attaqué chacun leur tour donc on s’est beaucoup regardé et l’écart a dépassé la demi-minute vers la mi-course. J’ai compris mon erreur et j’ai alors produit mon effort. Les jambes répondaient bien et j’ai pu rattraper mon retard en un tour et demi ! Mais une chute bête me condamne. Je n’ai pourtant pas pris de risque, peut-être une mauvaise trajectoire mais je passais comme cela avant. Je casse donc mon guidon loin du poste matériel… Le podium n’était plus possible.

 

Tu as tout de même joué les premiers rôles et ton frère Joshua termine lui sur le podium.

J’ai pu revenir sur les leaders en effet et j’ai voulu les observer dans un premier temps. Je savais qu’ils s’attaquaient chacun leur tour mais je voulais comprendre leurs attitudes, surtout celle de Clément. Yan Gras était aussi rentré en ma compagnie mais je pense qu’il ne pouvait pas insister davantage. Je voulais donc rapidement attaquer après ces quelques observations car il ne restait que deux tours et je ne voulais pas attendre le sprint. Mais voilà. Comme d’habitude, je reste sur ma faim. Je suis toutefois satisfait de la forme qui est vraiment là. Et je suis bien sûr content de la troisième place de mon frère Joshua ! J’avais également pris la médaille de bronze l’an dernier à Besançon aux Championnats de France. Mais on venait pour le titre, l’un de nous deux devait lever les bras et je suis forcément déçu pour lui aussi. Un championnat national est toujours une course délicate, on se regarde beaucoup. Tony Périou a très bien joué et il a réussi à gagner.

 

« Je n’étais pas sélectionné à Zolder et je me suis défendu comme j’ai pu. L’accord fut le suivant : une bonne performance à Namur entraînait ma sélection. »

 

On ne peut que comparer cette chute à celle vécue à Nommay mi-décembre en finale de la Coupe de France…

Oui et à Nommay c’était encore plus près de l’arrivée ! Je suis tombé à quelques virages de la ligne seulement alors que je menais le premier groupe. Mais le dénouement est effectivement similaire, je perds la course comme cela à Nommay et le titre de Champion de France à Lanarvily de la même façon. La frustration est là car je sens que je peux gagner et à chaque fois il ne manque pas grand chose. Je dois admettre que je suis certainement arrivé beaucoup trop vite à Nommay dans ce virage, je n’ai pas assez réfléchi. Mais je ne comprends vraiment pas ce qu’il s’est passé à Lanarvily.

 

Tu n’as donc pas obtenu le résultat souhaité à Nommay mais tu termines tout de même deuxième du classement général final de la Coupe de France réservée aux Espoirs.

C’est une position globale satisfaisante. Je suis régulier en Coupe de France et même en Coupe du monde cette saison donc ce résultat final vient confirmer cette continuité dans mes performances. Et j’ai pris la troisième place à Nommay malgré cette chute dans le final donc il faut relativiser ces péripéties. Je suis principalement embêté par des petits incidents mécaniques ou quelques chutes vécues. Je dois probablement me concentrer plus et mieux me poser à la fin des épreuves : penser à la victoire et non à l’instant présent. J’apprends beaucoup de mes erreurs.

 

Tu as pu rapidement rebondir à Namur en Coupe du monde où tu as d’ailleurs signé un nouveau top 10.

Je n’étais pas forcément bien physiquement mais je prends la huitième place. J’apporte beaucoup d’importance au départ en cyclo-cross et j’ai réussi une nouvelle fois à bien me lancer. J’ai glissé dans le fameux dévers du tracé de la Citadelle et le vainqueur Joris Nieuwenhuis part immédiatement, notamment grâce à cela. Mais dans tous les cas je pense que je ne pouvais pas le suivre car il est clairement au-dessus du lot. Et je manquais de jus. J’ai pu jouer le podium mais j’ai compris à la mi-course que je n’avais pas la fraîcheur nécessaire car certains coureurs passaient deux des principales buttes à vélo. Je ne termine pas très loin de cette troisième place mais ce petit rien est sûrement un manque de fraîcheur.

 
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Tu termines aux portes de ce top 10 à Zolder, sur une manche où tu n’étais pas retenu dans un premier temps ?

Je n’étais pas sélectionné à Zolder en effet, on m’avait annoncé cela après la dernière manche de Coupe de France. J’étais forcément déçu après une telle annonce et je me suis défendu comme j’ai pu ! Je suis bien positionné au classement mondial et il faut décrocher de nouveaux points UCI. Il est toujours important de prendre le départ d’une manche de Coupe du monde pour se mesurer aux meilleurs, surtout à l’approche d’objectifs internationaux majeurs. Et il faut aussi maintenir cette forme, qui risque de s’envoler si je loupe un grand événement. Je préférais donc vraiment être là. L’accord fut le suivant : une bonne performance à Namur entraînait ma sélection pour Zolder. Et c’est ce qu’il s’est passé. Je ne peux qu’être content d’une telle décision. J’y prends donc la onzième place. J’ai mal anticipé le premier virage décisif. J’étais alors relégué au vingtième rang et tout cela implique des accrochages et des ralentissements. Je suis pourtant remonté à deux reprises mais à chaque fois une chute me repoussait au cœur du peloton. J’ai fini par accéder à de meilleures places et j’étais vraiment en forme : j’obtiens le meilleur temps dans le dernier tour, un point frustrant quant on ne termine qu’onzième.

 

Tu as finalisé ensuite ta préparation pour Lanarvily d’une belle façon à Pétange au Luxembourg auprès des élites.

J’ai effectivement pris la quatrième place sur un circuit entièrement givré donc ce n’était pas toujours évident. Le froid ne me dérangeait pas. Mais le tracé reste très particulier à Pétange et ce n’est pas quelque chose que j’apprécie habituellement. C’est en fait une longue montée suivie d’une descente, ce qui est atypique en cyclo-cross. J’aime bien sûr les parcours physiques mais des portions plus roulantes sont toujours les bienvenues pour ma part. Mon frère était en grande forme mais il n’a pas eu de chance. Il a crevé dans le dernier tour juste après la ligne d’arrivée au pied de la montée… Quatrième sur un cyclo-cross international, ce n’est pas mal du tout surtout avec de grands noms au départ.

 

« On est déjà tous en stage avec l’Équipe de France en Italie. On va passer deux semaines tous ensemble avant les Mondiaux. Il y a toujours une bonne ambiance ! »

 

Tu as aussi été au cœur de l’actualité ces dernières semaines avec le VTT et de la création du Team Sunn.

Sunn nous a contacté au début de l’automne. Nos chemins se sont favorablement croisés. Car la marque voulait monter une Team VTT et nous aussi on songeait à développer une structure, avec mon père et mon frère. L’association fut donc naturelle et je pense vraiment que tout cela aboutit sur un beau Team. Nous ne serons que trois pour l’instant afin de faire les choses bien mais à l’avenir nous serons probablement plus. Nous souhaitons évoluer sur le long terme donc des précautions sont bien sûr à prendre, il faut convenablement gérer le budget par exemple. Et j’ai aussi hâte de rouler avec ce matériel intéressant et sur ces magnifiques vélos Sunn !

 

Comment penses-tu associer le VTT avec le Team Sunn et la route avec le Team Peltrax ?

Je vais devoir en effet prendre en considération tout cela pour établir mon calendrier après la saison de cyclo-cross. Les différentes compétitions de VTT sur le plan national ou international vont bien sûr enlever beaucoup de place à la route. Il va falloir jongler entre les deux car je veux vraiment aussi faire une belle saison sur route. Tout cela peut-être compliqué mais je pense que ça peut se faire naturellement. Je verrai d’abord selon mes résultats. Si je suis bon sur la route, bien sûr je m’orienterai un peu plus vers cette discipline. Mais j’ai beaucoup d’attentes envers le VTT. Car de nombreux espoirs français et étrangers changent de catégorie et passent professionnels. Il est donc possible d’y faire sa place et de se retrouver devant. Je dois rester réaliste : j’ai plus de chance de bien figurer en VTT car je reste encore très loin des tops 20 en Coupe du monde sur route par exemple. Je veux surtout découvrir un bon niveau et progresser.

 
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Mais il reste d’abord deux manches de Coupe du monde de cyclo-cross et surtout les Championnats du monde !

Tout à fait, j’ai la chance d’être sélectionné pour les trois rendez-vous majeurs encore au programme au mois de janvier, et je serai notamment au départ de mes quatrièmes Mondiaux, pour la troisième fois chez les espoirs ! Et l’on est déjà actuellement en stage avec l’Équipe de France en Italie. On va donc passer deux semaines tous ensemble. On doit tous se sentir bien en amont de ces derniers rendez-vous pour être au top ensuite. Il y a d’ailleurs toujours une bonne ambiance. On roule très bien car le niveau est vraiment élevé. Il faut travailler physiquement et aussi se reposer, préparer correctement les Championnats du monde afin de porter au plus haut les couleurs de la France. C’est une vraie fierté.

 

Abordes-tu les deux dernières manches de Coupe du monde différemment ?

L’objectif est finalement toujours le même en Coupe du monde. Il faut obtenir le meilleur résultat possible et s’approcher du podium voire enfin monter dessus. C’est ce que j’espère faire à Fiuggi ou Hoogerheide ou du moins comprendre que cela est faisable. Il faut que je sois compétitif sur au moins l’une des deux manches. Je reste un peu frustré de Zolder où je termine onzième tout en produisant le meilleur dernier tour. Il faudrait plutôt associer une telle performance à un excellent résultat. Et puis, une bonne place ne pourra que donner plus de confiance pour les Championnats du monde.

 

Tu as pu reconnaître dernièrement le tracé des Championnats du monde avec l’Équipe de France. Qu’en penses-tu ?

En arrivant à Bieles fin décembre, je pensais rouler sur un circuit rapide et je me me suis dit que les Championnats du monde seraient vraiment rapides. Mais non ! On roule continuellement sur une butte donc certaines portions sont raides. Nous emprunterons donc un tracé difficile fin janvier au Luxembourg. Les hommes forts seront bien sûr devant et les écarts pourront être immédiats car certains dévers s’annoncent glissants et très compliqués. Il ne faudra pas faire de faute et être devant dès le départ. Je ne m’attendais pas à cela et j’ai été positivement surpris. J’ai hâte d’y être !

 
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Lire aussi – Une saison avec Lucas Dubau : Partie 1 / Partie 2

Sébastien De Cock