Dames U23, de l’interprétation du règlement

evie-richards-zolder

Les Championnats nationaux, les quelques sélections pour la manche finale de la Coupe du monde et les prochains Championnats du monde témoignent d’un problème de définition (difficile à résoudre) de la catégorie réservée aux crosswomen âgées de moins de 23 ans. Librement et aléatoirement interprétées, les lignes des divers règlements ont récemment entraîné de véritables questions fondamentales. Photos : © Labourés Magazine.

 

La controverse espagnole

Les dispositions sont pourtant claires et précises, l’article 5.1.0001 du règlement UCI fixe un certain cadre : dès les premières lignes du chapitre dédié au cyclo-cross. Les Dames âgées de 17 à 22 ans (en 2017) sont toutes membres d’une catégorie spécifique. Des compétitions propres à cette classe doivent être organisées à l’occasion des Mondiaux, des championnats continentaux et éventuellement nationaux. Toutefois, si ces féminines s’alignent aux côtés de leurs aînées sur les sections d’une course unique, un seul classement doit être établi et par conséquent un seul titre est décerné. Ces points n’ont pourtant pas été partout appliqués avec la même autorité lors des derniers Championnats nationaux. Le cas espagnol synthétise parfaitement l’ensemble des problèmes rencontrés : la pointe de l’iceberg. Alicia Gonzalez Blanco s’est imposée à Valence le 7 janvier, sacrée championne d’Espagne devant la tenante du titre Aida Nuño Palacio. Mais d’abord, la première place (et les 100 points liés) furent attribués à la dernière crosswoman citée. La fédération espagnole (la RFEC) a en effet transmis deux classements distincts à l’UCI : une grille professionnelle et des résultats espoirs. Âgée de 22 ans, Alicia Gonzalez fut donc reléguée à la première place du classement U23. Les requêtes des athlètes ont en définitive abouties quelques jours plus tard, associées aux hésitations d’Infostrada – le prestataire statistique de l’UCI. Mais la fusion des classements Élite et U23 a propulsé la compétition U19 aux rangs officiels en dépit une fois de plus du règlement. Des modifications aussi tardives : les points UCI n’ont pas été intégrés avant la manche de Coupe du monde de Fiuggi.

 
pontchateau-u23-dames
 

Pile ou face ?

D’autres championnats nationaux ont rencontré des problématiques particulièrement proches mais traitées et résolues différemment : en dehors des clauses ordinairement prévues. Des cyclo-cross où espoirs et élites se sont confrontées ont souvent débouché sur deux classements séparés. Des fédérations ont cependant correctement distingué les deux catégories définies par le règlement UCI et proposèrent une course Élite Dames ainsi qu’un championnat national U23 isolé, comme en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Italie ou aux Pays-Bas. Parfois, les compétitions juniors furent appréhendées tels des résultats U23 : dans la mesure où espoirs et professionnels formèrent un seul et unique peloton. La Suissesse Nadia Grod et la Française Jade Wiel ont levé les bras chez les juniors le 8 janvier, à Dielsdorf et Lanarvily. Officiellement, les deux crosswomen sont championnes nationales espoirs. En Belgique, Laura Verdonschot a directement affronté Sanne Cant durant quarante minutes en Élite, avant de s’incliner en fin d’épreuve. Deuxième, Verdonschot a toutefois reçu le titre de championne de Belgique U23 et dispose des points destinés à ce rang. Ellen Van Loy et Jolien Verschueren pourtant troisième et quatrième de l’épreuve accèdent aux positions supérieures et complètent le podium derrière Sanne Cant. La RLVB a donc émis plusieurs classements au sein d’une même compétition, un écart bien comptabilisé par l’UCI en dépit de l’article 5.1.0001 et des dispositions inverses finalement retenues en Espagne. Une question (sans réponse probable) se pose alors : quel aurait été le tableau définitif en cas de victoire de Laura Verdonschot ?

 
lanarvily-U23-dames
 

Une lente prise de conscience

La catégorie réservée aux crosswomen de moins 23 ans reste récente. L’Union Européenne de Cyclisme proposait la première compétition en 2013 pour les Championnats d’Europe parcourus à Mlada Boleslav en République tchèque. Les Championnats panaméricains imitaient cela la saison suivante, l’UCI s’alignait enfin sur de telles avancées quelques saisons plus tard : des premiers Mondiaux U23 féminins en février 2016 à la prise en compte des Championnats nationaux du même groupe. Une vraie reconnaissance est ainsi intervenue, la Commission cyclo-cross de l’UCI souhaitant progressivement aligner la discipline féminine et les compétitions masculines. Des points similaires sont par conséquent attribués, un classement spécifique est désormais inclus à la Coupe du monde en plus d’un maillot de leader. Mais bien évidemment, cette évolution reste encadrée et est donc marquée par différentes péripéties. Femke Van den Driessche et le cas de dopage mécanique ont entaché la catégorie à Zolder l’an passé. Les problèmes liés aux Championnats nationaux remettent en cause la définition même de la classification. Les diverses fédérations enverront des sélections limitées à Bieles, à l’image de la Belgique et de son unique représentante Laura Verdonschot. Le règlement (et son fameux top 50) écarte souvent les espoirs de la Coupe du monde en l’absence de points spéciaux. Annemarie Worst, pourtant quatrième à Fiuggi mais 63e mondiale, prendra bel et bien le départ de la manche finale à Hoogerheide. Mais l’athlète de 22 ans a dû attendre la publication du classement mondial ce mardi pour compléter l’effectif derrière sept néerlandaises automatiquement qualifiées.

Sébastien De Cock