Sous les médailles, le gros Bonnet

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Nové Město, République Tchèque. Dans l’empire du VTT occidental, un vendredi 1er juillet. Les rédactions sportives et les réseaux sociaux surchauffent en plein cœur de l’après-midi à l’annonce de la nouvelle. Thomas Bonnet, monture portée à bout de bras tel Julien Absalon à Pékin, semble encore marqué par l’effort qu’il vient d’accomplir. Il est champion du monde Junior de cross-country, succédant à Simon Andreassen, rien que ça ! Une catégorie dominée de bout en bout tout au long de l’année. Thomas réussissait ce jour là une performance majuscule qui venait couronner une saison sans fausse note, du cyclo-cross au VTT. Photos : © Labourés Magazine.


Un supporter particulier

Quand on le rencontre en marge des Championnats de France de l’Avenir disputés fin août à Civaux, Thomas Bonnet, qui vient tout juste de recevoir son beau maillot irisé, se balade d’un pas aérien et détendu dans le sinueux col du circuit civalien. Venu pour supporter ses copains de la BTWIN U19 Racing Team et discuter avec d’autres connaissances. Certains l’ont reconnu pour ses talents de cycliste. D’autres parce qu’il est de la région. Et certains ne l’ont même pas reconnu. Surtout, en fait. Thomas n’est pas une tête d’affiche, loin de là ! Mais cela devrait vite changer, déjà champion du monde et d’Europe de VTT cross-country olympique comme Julien Absalon en 1998. Seul Peter Sagan a fait mieux que Bonnet dans la catégorie Junior lors de la saison 2008 : champion du monde de VTT et vice-champion du monde de cyclo-cross. Thomas s’est aussi illustré en cyclo-cross, notamment la saison passée : médaillé de bronze aux Mondiaux et vainqueur d’une manche de Coupe du monde à Zolder. Il a enfin toutes les cartes en main pour devenir la prochaine icône du off-road français: talent, travail, classe et caractère de champion. À moins que ça ne soit déjà le cas…

 
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Sitôt la course poitevine terminée, Thomas devait encore se rendre sur le stand de la structure chère à Alexandre Chenivesse – la BTWIN U19 Racing Team – afin de discuter des prochaines échéances ou de commencer à rendre le matériel utilisé et refermer une parenthèse dans l’équipe nordiste qui a duré presque deux années. Deux très belles saisons. Ses meilleures à l’heure actuelle. Ce partenariat lui a permis une éclosion au niveau national puis international et de confirmer ce talent entrevu dès ses années passées chez les Cadets dans le Limousin. Les premiers à déceler ce talent mondial, à polir ce diamant fougueux, furent David Giraud – discret mais efficace entraîneur du Pôle Espoir de Guéret – et François Trarieux – conseiller technique et sportif du Comité Limousin. Ces deux là n’ont fait qu’embellir les qualités entraperçues dès le plus jeune âge par Francis Bleyaert, éducateur de jeunes pousses poitevines. David et Thomas ont ensuite continué cette relation entraîneur-entrainé au sein de la BTWIN U19 Racing Team où Thomas a laissé une très belle image. Depuis, les deux forment une paire connue et reconnue dans le offroad français si bien que pour sa première année U23, Thomas bénéficie toujours des services de l’entraîneur limousin bien qu’il ne fasse plus partie du Team nordiste ou du Pôle Espoir.

 

Tout commence à Marines

L’histoire de Thomas Bonnet débute à Marines, sur les chemins d’une communes du Val d’Oise. La région est nationalement reconnue pour renfermer un sacré contingent de vttistes de haute qualité. Les Championnats de France Ufolep de VTT s’y déroulent en 2013. Thomas n’est alors que Cadet 1 et il y signe pourtant ce week-end là une formidable victoire sur les terres franciliennes et un terrain compliqué. Ce titre reste à ce jour son unique maillot tricolore en carrière. Thomas Bonnet a commencé le VTT à onze ans, après avoir fait ses débuts en école de cyclisme à Naintré à un peu plus de quatre printemps dans la Vienne. Il voulait simplement suivre les traces de son frère aîné qui faisait lui aussi du cyclisme au sein du club. La Vélophile Naintréenne se présentait alors comme une évidence quand il fallut choisir un premier club dans les environs de Colombiers où il vivait avec ses parents. Ce grand fan de Sylvain Chavanel jusqu’à l’adolescence n’a commencé son histoire avec le cyclo-cross qu’à son entrée au club de Creuse Oxygène au cœur de l’hiver 2013. Il y reste une grosse année : le temps d’accomplir une saison de cyclo-cross puis de VTT.

 
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Ce furent ses tuteurs de l’époque – notamment au Pôle Espoir de Guéret – qui le poussèrent à s’essayer dans les labourés alors qu’il n’en connaissait pas la consistance et qu’il n’avait jamais expérimenté la discipline. Juste pour essayer et voir ce que cela pouvait donner. Même pas une histoire d’entretien hivernal. L’histoire commence donc en 2013, et quelle histoire ! Tour à tour placé sur les manches de la Coupe de France (deuxième à Flamanville ou troisième à Quelneuc), Thomas s’affirme davantage sur le sol français lors de l’hiver 2014-2015 : vainqueur de six cyclo-cross dès sa première saison parcourue chez les Juniors. Victorieux du premier rendez-vous de la Coupe de France disputé à Besançon, Thomas poursuit son apprentissage du haut niveau à vitesse grand V et signe une quatrième place à Valkenburg pour sa première manche de Coupe du monde en carrière, à seize ans seulement. En Junior 2, ce sera la confirmation.

 

Zolder, mon amour

Le circuit automobile d’Heusden-Zolder est la deuxième étape des aventures de Thomas. La ville flamande a marqué à jamais sa carrière et fut surtout le théâtre de sa troisième place décrochée aux Championnats du monde en janvier 2016 derrière Jens Dekker et Mickaël Crispin ou encore de sa première victoire en Coupe du monde dès son deuxième vrai hiver en cyclo-cross. Le 26 décembre 2015, l’épreuve internationale constituait en effet un premier point de passage important à un mois des Mondiaux alors disputés sur le même circuit. Il fallait battre le fer tant qu’il était chaud, confirmer que Thomas était devenu Bonnet, que le petit cycliste de Naintré s’était transformé en grand coureur de niveau UCI : bref, mettre des actes d’adulte en face de ses rêves de gamin. Après une course pleine de sang-froid, d’acharnement et suivie d’un brin de chance, il franchissait la ligne d’arrivée en première position mais surtout en assommant mentalement et psychologiquement la concurrence. Le Poitevin démontrait une nouvelle fois qu’il savait préparer de très belle manière l’un de ses objectifs prioritaires de la saison en s’appuyant sur une seule doctrine : toujours y croire.

 

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Ces Championnats du monde, il y songeait depuis le début de la saison voire même depuis une répétition générale orchestrée un an plus tôt. Il tenait à en faire le couronnement de ses deux dernières belles années. Cela devait venir sublimer cette troisième place déjà acquise à Huijbergen aux Pays-Bas à l’occasion des Championnats d’Europe, et une septième position à Valkenburg en Coupe du monde rassurante vis-à-vis de contre-performances produites ensuite à Koksijde et Zonhoven sur des terrains compliqués. Finalement, ce fut bel et bien le cas. Cette confirmation de régularité au plus haut niveau arrivait maintenant sur les grands événements et ajoutait son nom sur l’échiquier mondial. Il perdait toutefois sur le fil le classement général de la Coupe du France, bien que régulier sur toutes les manches au niveau national : cinquième à Albi, deuxième à Quelneuc et seulement neuvième à Flamanville. La Coupe de France revenait à son grand ami breton et martiniquais Mickaël Crispin (derrière lequel il complétait aussi le podium des Mondiaux). Le titre national lui échappait également quelques jours après la manche finale de la Coupe de France, diminué par un virus.

 

Une saison en or massif

Sans même s’accorder une coupure printanière démesurée, Thomas enchaînait sur la saison de VTT et sa discipline phare (le cross-country olympique) avec les dents longues. Deuxième à Marseille pour la reprise de la Coupe de France, il s’alignait immédiatement ensuite sur quelques épreuves des UCI Junior Series : l’équivalent de la Coupe du monde désormais où il put briller à deux reprises. Il s’imposa alors en Italie à Montichiara puis à Rivera sur le sol suisse. Il remporta aussi la manche de Coupe de France d’Oz-en-Oisans fin juillet. Mais les objectifs de sa saison étaient déjà ailleurs. C’est en Suède, à Husqvarna, et en République Tchèque, à Nové Město, où le coureur du Team UCI BMC Veloroc Cavaillon devait montrer l’étendu de son talent. La suite est connue et il repartait de ces deux destinations symboliques avec la plus belle des breloques : champion d’Europe puis du monde de VTT chez les Juniors. Même si cette trajectoire de résultat semblait déjà tracée depuis un bon moment, à la lumière d’une progression régulière et maîtrisée depuis maintenant deux bonnes saisons, Thomas reste un jeune qui ne soucie pas plus que cela de son avenir, un jeune comme un autre qui profite de la vie.

 
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Largement soutenu et conseillé par sa famille, surtout son père, les choix de carrière sont débattus intelligemment et disciplinés avec beaucoup de discernement. Il ne fascine peut être pas autant qu’un Julian Alaphilippe à l’époque, n’est peut-être pas aussi connu qu’un Tanguy Turgis ou même qu’un Lucas Dubau dotés de profils comparables. Mais il démontre une force de caractère hors du commun, certainement au-dessus de la moyenne à cet âge, grâce bien sûr à l’apprentissage et à la formation proposée par la structure BTWIN U19 Racing Team où il a pu s’épanouir durant trois ans. Certains anciens membres ont brillé avec l’Équipe de France à cet âge par le passé : Arnaud Jouffroy, Quentin Jaurégui, Émilien Viennet. Mais tous n’ont pas ou ont difficilement confirmé. Il s’agit donc d’être mesuré dans les conclusions potentielles ici ou là, ainsi que dans son plan de carrière après seulement quelques saisons. Thomas semble pourtant suivre d’autres destins notamment révélés par la BTWIN U19 Racing Team, à l’image de Clément Venturini dont la progression est régulière : d’un titre de champion du monde U19 (qu’ils ont en commun) au maillot bleu-blanc-rouge récemment décroché.

 

L’espoir d’une belle saison

Dès cet hiver, Thomas est retourné vivre dans son fief poitevin afin de continuer sa formation professionnelle avec le CREPS de Boivre, notamment soutenu par Paul Brousse ancien directeur sportif du Team féminin Vienne-Futuroscope. Il espère y trouver du temps pour s’entraîner avec les meilleurs coureurs locaux dans les labourés et soutenir les jeunes de son ancien club de Naintré. Après un Bac Pro usinage, il souhaite maintenant et parallèlement à son statut de cycliste s’investir en devenant éducateur sportif. En attendant, il s’occupe en partie des jeunes de l’école de vélo de l’UV Poitiers le samedi matin et a pu de nouveau évoluer sous casaque limousine en cyclo-cross ; alors licencié au VTT Club Argentat et membre du Team BMC Veloroc Cavaillon. Cette équipe fut le tournant décisif dans la carrière VTT de Thomas où il a signé l’hiver précédent alors qu’il roulait encore sur des montures BTWIN. Team UCI depuis quelques années, la structure n’a toutefois pas de coureurs de renommée mondiale dans son effectif. Elle permet à des jeunes comme Thomas de s’épanouir sur le plan international grâce à un staff et un calendrier de qualité, sans la pression inhérente aux grosses structures.

 
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L’enchaînement majestueux printemps-été réalisé par le Poitevin a assurément éveillé divers intérêts à l’aurore de la saison U23. L’avenir s’annonce sous de meilleurs auspices. Thomas a rejoint début janvier le Team BH-SR Suntour-KMC, en conclusion de nouvelles semaines passées dans les labourés. Il a fait ses débuts avec le gratin européen à Pontchâteau fin octobre à l’occasion des Championnats continentaux. Machinalement habitué à être au rendez-vous sur ces objectifs haut-de-gamme, le tout jeune majeur colombinois a dû se confronter chez les Espoirs « aux anciens » : Iserbyt, Toupalik, Hermans ou Russo ; en pleine bourre cette saison. Thomas a pu s’immiscer et planter des banderilles tout au long de son premier automne dans la catégorie supérieure, sans pression et sur la base d’une saison Junior folklorique et extraordinaire. Auteur d’un top 10 pour sa première sortie en Coupe du monde à Valkenburg, une habitude sur ce circuit, Thomas fut donc actif à Pontchâteau. En tête à l’entame du dernier tour, il finit cinquième et premier Espoir 1 : seulement battu au sprint par plus fort et plus âgé que lui. Quelques bouquets régionaux associés à des problèmes de dos ont conclu son hiver.

 

Le gars Bonnet

Thomas Bonnet n’a que dix-huit ans. Mais il fait partie de ces jeunes que l’on pense connaître depuis de nombreuses d’années. Il possède déjà un palmarès garni qui ne demande qu’à s’étoffer encore et encore. Ce jeune briscard est avant tout un homme de paroles, un jeune réfléchi qui sait réaliser les objectifs fixés en début de saison, mettre des médailles en face de rêves qu’il se donne. Un coureur de grands rendez-vous. La catégorie dédiée aux Juniors est maintenant délaissée. Il a su profiter en cyclo-cross la saison passée du vide laissé par les départs d’Eli Iserbyt ou Simon Andreassen et surfer solidement sur un hiver complet dans les sous-bois malgré l’omnipotence du duo Jappe Jaspers – Jens Dekker. L’objectif était probablement d’aborder la saison U23 dans les meilleures dispositions mentales possibles et d’attraper la caisse nécessaire pour s’y faire plaisir et peser sur les courses. Nul doute que l’histoire de Thomas Bonnet nous réserve encore de belles lignes, que ce soit sur les plus belles courses de l’Hexagone, d’Europe ou du monde : en cyclo-cross mais aussi et peut-être surtout en VTT aux côtés maintenant du Team BH-SR Suntour-KMC.

 
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Bastien Boisson